Voyage Au Centre De La Terre
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Voyage Au Centre De La Terre». Краткое содержание книги:
Tant que nous fûmes emprisonnés dans la vis intérieure, tout alla bien; mais après cent cinquante marches l’air vint me frapper au visage, nous étions parvenus à la plate-forme du clocher. Là commençait l’escalier aérien, gardé par une frêle rampe, et dont les marches, de plus en plus étroites, semblaient monter vers l’infini.
«Je ne pourrai jamais! m’écriai-je.
– Serais-tu poltron, par hasard? Monte!» répondit impitoyablement le professeur.
Force fut de le suivre en me cramponnant. Le grand air m’étourdissait; je sentais le clocher osciller sous les rafales; mes jambes se dérobaient; je grimpai bientôt sur les genoux, puis sur le ventre; je fermais les yeux; j’éprouvais le mal de l’espace.
Enfin, mon oncle me tirant par le collet, j’arrivai près de la boule.
«Regarde, me dit-il, et regarde bien! il faut prendre des leçons d’abîme!»
J’ouvris les yeux. J’aperçus les maisons aplaties et comme écrasées par une chute, au milieu du brouillard des fumées. Au-dessus de ma tête passaient des nuages échevelés, et, par un renversement d’optique, ils me paraissaient immobiles, tandis que le clocher, la boule, moi, nous étions entraînés avec une fantastique vitesse. Au loin, d’un côté s’étendait la campagne verdoyante; de l’autre étincelait la mer sous un faisceau de rayons. Le Sund se déroulait à la pointe d’Elseneur, avec quelques voiles blanches, véritables ailes de goéland, et dans la brume de l’est ondulaient les côtes à peine estompées de la Suède. Toute cette immensité tourbillonnait à mes regards.
Néanmoins il fallut me lever, me tenir droit et regarder. Ma première leçon de vertige dura une heure. Quand enfin il me fut permis de redescendre et de toucher du pied le pavé solide des rues, j’étais courbaturé.
«Nous recommencerons demain», dit mon professeur.
Et en effet, pendant cinq jours, je repris cet exercice vertigineux, et, bon gré mal gré, je fis des progrès sensibles dans l’art «des hautes contemplations».
IX
Le jour du départ arriva. La veille, le complaisant M. Thomson nous avait apporté des lettres de recommandations pressantes pour le comte Trampe, gouverneur de l’Islande, M. Pietursson, le coadjuteur de l’évêque, et M. Finsen, maire de Reykjawik. En retour, mon oncle lui octroya les plus chaleureuses poignées de main.
Le 2, à six heures du matin, nos précieux bagages étaient rendus à bord de la Valkyrie. Le capitaine nous conduisit à des cabines assez étroites et disposées sous une espèce de rouffle.
«Avons-nous bon vent? demanda mon oncle.
– Excellent, répondit le capitaine Bjarne; un vent de sud-est. Nous allons sortir du Sund grand largue et toutes voiles dehors.»
Quelques instants plus tard, la goélette, sous sa misaine, sa brigantine, son hunier et son perroquet, appareilla et donna à pleine toile dans le détroit. Une heure après la capitale du Danemark semblait s’enfoncer dans les flots éloignés et la Valkyrie rasait la côte d’Elseneur. Dans la disposition nerveuse où je me trouvais, je m’attendais à voir l’ombre d’Hamlet errant sur la terrasse légendaire.
«Sublime insensé! disais-je, tu nous approuverais sans doute! tu nous suivrais peut-être pour venir au centre du globe chercher une solution à ton doute éternel!»
Mais rien ne parut sur les antiques murailles; le château est, d’ailleurs, beaucoup plus jeune que l’héroïque prince de Danemark. Il sert maintenant de loge somptueuse au portier de ce détroit du Sund où passent chaque année quinze mille navires de toutes les nations.
Le château de Krongborg disparut bientôt dans la brume, ainsi que la tour d’Helsinborg, élevée sur la rive suédoise, et la goélette s’inclina légèrement sous les brises du Cattégat.
La Valkyrie était fine voilière, mais avec un navire à voiles on ne sait jamais trop sur quoi compter. Elle transportait à Reykjawik du charbon, des ustensiles de ménage, de la poterie, des vêtements de laine et une cargaison de blé; cinq hommes d’équipage, tous Danois, suffisaient à la manœuvrer.
«Quelle sera la durée de la traversée? demanda mon oncle au capitaine.
– Une dizaine de jours, répondit ce dernier, si nous ne rencontrons pas trop de grains de nord-ouest par le travers des Feroë.
– Mais, enfin, vous n’êtes pas sujet à éprouver des retards considérables?
– Non, monsieur Lidenbrock; soyez tranquille, nous arriverons.»
Vers le soir la goélette doubla le cap Skagen à la pointe nord du Danemark, traversa pendant la nuit le Skager-Rak, rangea l’extrémité de la Norvège par le travers du cap Lindness et donna dans la mer du Nord.
Deux jours après, nous avions connaissance des côtes d’Écosse à la hauteur de Peterheade, et la Valkyrie se dirigea vers les Feroë en passant entre les Orcades et les Seethland. ‹
Bientôt notre goélette fut battue par les vagues de l’Atlantique; elle dut louvoyer contre le vent du nord et n’atteignit pas sans peine les Feroë. Le 3, le capitaine reconnut Myganness, la plus orientale de ces îles, et, à partir de ce moment, il marcha droit au cap Portland, situé sur la côte méridionale de l’Islande.
La traversée n’offrit aucun incident remarquable. Je supportai assez bien les épreuves de la mer; mon oncle, à son grand dépit, et à sa honte plus grande encore, ne cessa pas d’être malade.
Il ne put donc entreprendre le capitaine Bjarne sur la question du Sneffels, sur les moyens de communication, sur les facilités de transport; il dut remettra ses explications à son arrivée et passa tout son temps étendu dans sa cabine, dont les cloisons craquaient par les grands coups de tangage. Il faut l’avouer, il méritait un peu son sort.
Le 11, nous relevâmes le cap Portland; le temps, clair alors, permit d’apercevoir le Myrdals Yocul, qui le domine. Le cap se compose d’un gros morne à pentes roides, et planté tout seul sur la plage.
La Valkyrie se tint à une distance raisonnable des côtes, en les prolongeant vers l’ouest, au milieu de nombreux troupeaux de baleines et de requins. Bientôt apparut un immense rocher percé à jour, au travers duquel la mer écumeuse donnait avec furie. Les îlots de Westman semblèrent sortir de l’Océan, comme une semée de rocs sur la plaine liquide. À partir de ce moment, la goélette prit du champ pour tourner à bonne distance le cap Reykjaness, qui ferme l’angle occidental de l’Islande.
La mer, très forte, empêchait mon oncle de monter sur le pont pour admirer ces côtes déchiquetées et battues par les vents du sud-ouest.
Quarante-huit heures après, en sortant d’une tempête qui força la goélette de fuir à sec de toile, on releva dans l’est la balise de la pointe de Skagen, dont les roches dangereuses se prolongent à une grande distance sous les flots. Un pilote islandais vint à bord, et, trois heures plus tard, la Valkyrie mouillait devant Reykjawik, dans la baie de Faxa.
Le professeur sortit enfin de sa cabine, un peu pâle, un peu défait, mais toujours enthousiaste, et avec un regard de satisfaction dans les yeux.
La population de la ville, singulièrement intéressée par l’arrivée d’un navire dans lequel chacun a quelque chose à prendre, se groupait sur le quai.
Mon oncle avait hâte d’abandonner sa prison flottante, pour ne pas dire son hôpital. Mais avant de quitter le pont de la goélette, il m’entraîna à l’avant, et là, du doigt, il me montra, à la partie septentrionale de la baie, une haute montagne à deux pointes, un double cône couvert de neiges éternelles.