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Электронная книга - «Salut, Galarneau!». Краткое содержание книги:

Galarneau est un drôle de bonhomme. Il tient un snack-bar dans un vieil autobus et vend des hot dog. Bien sûr, il s'intéresse à son commerce mais en même temps il pense à beaucoup d'autres choses. À son père, lui aussi un drôle de bonhomme, à ses frères, à son enfance. Ses amours vont tant bien que mal. Marise est appétissante mais on tourne autour d'elle. François Galarneau la défend mal contre les assauts de Jacques, son frère, beaucoup plus hardi. Et puis Galarneau écrit des poèmes. Il faut bien s'occuper entre deux fritures. Ses projets sont vagues et sérieux en même temps, jusqu'au jour où Galarneau oubliera tout pour s'emmurer vivant dans sa maison. Ce qui lui manquait, c'était de construire une vie, sa vie qui s'en va de tous les côtés, qui prend l'eau comme un navire échoué au fond d'un bassin. On aime bien Galarneau. Mais où est Galarneau? Dans la lune, dans ses petits cahiers ou dans son joli langage québécois, dru et savoureux? On aimerait serrer la main de Galarneau.
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Marise a la peau blanche comme du pain d'hostie. Elle ressemble à maman, mais ses cheveux sont plus noirs encore, ils coulent comme du goudron fondu, et puis, surtout, elle a ses yeux - des écureuils dans une cage - qui n'arrêtent pas de courir, des seins que je couvre avec mes deux mains...

G

Je suis allé au cabinet du docteur parce qu'il a insisté. Il m'a à nouveau ausculté, il m'a dit : "J'en étais sûr, tu n'avais rien, ce n'est que de la nervosité, comme des palpitations." Ça n'est pourtant pas mon genre, les palpitations. Moi, je crois plutôt que c'est d'être enfermé par cette chaleur dans le restaurant ; c'est pas un métier sain.

J'aurais dû me faire marin, c'est meilleur pour la santé. Marise, c'est une fille de marin. C'est une Doucet, des Doucet de Lanoraie, près de Berthier, en face des grèves de Contrecœur. Dans la famille, les hommes sont tous pilotes, de vrais mariniers les Doucet, ils montent à bord d'un cargo ou d'un paquebot, en vue de Québec ou dans le lac Saint-Pierre, et ils ne l'abandonnent que lorsqu'il jette l'ancre le long des quais dans l'est du port de Montréal, pas très loin des raffineries où brûlent les flammes du gaz éternel. Ils ne passent jamais les écluses de Saint-Lambert.

Chaque fois qu'un Doucet remonte le chenail, et qu'il arrive à hauteur de la maison paternelle, Virginie Doucet, la grand-mère, court au mât du jardin et hisse la fleur de lys, le drapeau à Duplessis, le drapeau du pays ; le Doucet pilote salue de trois petits coups dans son sifflet à stime, les vaches du bedeau lui font écho, les enfants s'arrêtent de jouer, les pigeons se soulèvent, le village s'ébroue, puis la grand-mère Virginie ramène le câble en tournant une poulie de nylon. Ils passent leur été comme ça, sans jamais regarder leur montre ou consulter le calendrier de la Banque canadienne nationale. Ils sont à l'heure des sirènes des Andria, des Franconia, ils se pourlèchent les babines tentant de déchiffrer avec des jumelles, depuis la galerie, des noms étranges que les lentilles grossissent vingt fois : Angeliki, Kasinov, Noftilos, Thorold, Cheschire, Hein Hoyer, Transmichigan, Uzbe Kist, Marie Skow, London Banker, Sonunaro, et j'en passe. C'est une litanie merveilleuse qui vient de Liverpool, de Marseille, d'Amsterdam, de Panama, d'Oslo, d'ailleurs... Ils sont cinquante-deux Doucet, trois générations dans la maison de bois crème et verte aux persiennes noires. Marise y a habité avec son père, puis quand celui-ci est allé faire fortune au Wisconsin, elle y est restée seule, orpheline, entourée de marins.

Moi, je préfère les fusées inter-continentales pour voyager. Les bateaux, c'est beau, mais c'est lent comme une convalescence. Pour Marise, c'est autre chose, elle est imbibée d'eau douce, de vent du fleuve, de vagues qui viennent se casser les reins contre les brise-glace de béton jaune, armés, coulés dans le roc, ensablés. Je ne me vois pas pilote de paix dans le Saint-Laurent. C'est beau, mais c'est comme vivre à l'abri du large. Je me vois dans les plaines d'Afrique comme M. Paul M. Stone dont j'ai lu deux articles en me rétablissant de ma fièvre, au lit, dans les Reader's Digest de juin et juillet. Comme ça, on rencontre des gens différents. Mon rêve, c'est de parler, c'est d'étudier des coutumes anciennes. Je choisirais une tribu où les filles se promènent en pagne, comme ça j'ethnographierais avec inspiration, les yeux sur leurs seins noirs tels des plateaux d'ébène ; être vraiment instruit, j'étudierais aussi les religions, couché dans un hamac, en Amazonie, suçant un rhum-coco entouré d'indigènes impudiques. Abandonné à moi-même, j'en ethnographierais un coup !

Mais tout ça, c'est des rêves de ferblantier. "François, t'es une girouette", disait maman. Il n'y a que les girouettes qui sont dans le vent. Marise est dans le vent, elle m'a dit hier :

- François, je ne veux pas que ça te rende malade, et si tu vois que ça te fatigue trop, arrête, mais ça me ferait un grand plaisir que tu finisses quand même ton livre.

- Ne t'inquiète pas, ça va aller. J'ai moins mal à la tête quand je cherche des mots maintenant. Chaque jour, c'est un peu plus facile. Rassure-toi, je n'aurai plus la fièvre (j'ai ri), j'ai même la fièvre d'écrire !

- Tu en as écrit beaucoup ?

- J'achève de remplir un cahier. Jacques m'a dit d'en faire deux.

- Est-ce que je peux lire ce que tu as déjà écrit ? Pour voir seulement.

- Qu'est-ce que ça te donnerait ?

- Ça me changerait d'idées sur toi peut-être.

- Je suis toujours le même Galarneau.

C'est comme si elle avait envie de changer d'air. Peut-être est-ce qu'elle voudrait coucher avec un écrivain, ce soir, pour le changement justement.

- Si tu ne veux pas me laisser lire, je vais aller au cinéma.

- C'est ça.

- Tu passes tes soirées dans ta salle à manger à sucer ta ball-point.

- Tu veux que je fasse un livre ou tu ne veux pas ? C'est pas moi qui en ai eu l'idée.

- Bon, alors je vais aller au cinéma.

- Je t'ai dit d'y aller.

- Tu ne trouves pas que c'est petit ici ?

- On n'a pas d'enfant, ça pourrait être plus grand bien sûr.

- L'avocat ne t'a pas rappelé ?

- Il a dit que ce serait long.

J'ai pourtant un bon avocat, qui passe ses mois dans le train entre Ottawa et Montréal pour débobiner l'écheveau des séparations, des adultères, des pensions alimentaires, des complots avec photos. J'en avais tellement par-dessus la tête, l'année dernière, que j'ai même écrit à La Presse, j'ai envoyé une lettre au directeur de La Presse, pour la tribune des lecteurs, dans laquelle je disais comme c'est ridicule, tous ces papiers au parlement, tout ce temps pour obtenir un divorce, que je voulais me remarier, malgré une mauvaise expérience à Lévis, et j'ai signé mon nom. Ça n'a rien donné.

A

All work, no play ? C'est pas sérieux, François ! Je viens vous chercher à six heures, tu fermes ton château, je vous amène manger une fondue bourguignonne, tu ne connais sûrement pas ça, c'est délicieux ! Après ? Bien, mon Dieu, le cinéma, ou bien le théâtre, ou encore, je vous amène au parc Belmont si vous voulez, il y a longtemps que j'ai envie d'y retourner...

Marise, bien sûr, a sauté sur l'occasion. Les soirées passent, en file indienne, comme une interminable tribu, elle devient neurasthénique. C'est elle qui devrait écrire un livre. Stie, moi, ça ne me fait rien de travailler sept soirs la semaine, ça me permet de penser. Je ne sais pas ce qui pique Jacques, il n'a pas l'habitude de vouloir me distraire, c'est plutôt le contraire. Il m'apporte chaque fois qu'il vient un livre à lire, je n'ai même pas pu terminer le dernier : le Journal d'André Gide, un drôle de zèbre qui écrit des phrases à pentures, pour analyser ses sentiments, comme une vieille fille peureuse, des qui, des que, ça s'enchaîne comme des canards dans un stand de tir. Mais c'est intéressant, je veux dire quand on écrit soi-même, les livres prennent une curieuse allure, ils parlent mieux, ou alors ils vous tombent des mains, il n'y a plus de milieu.

Eh bien ! ça été une drôle de soirée ! J'avais mis mon habit foncé, Marise une robe à plonger dedans, elle était à embrasser partout, Jacques est arrivé en chemise sport presque débraillé, c'est nous qui avions l'air ridicule. Les gens de Montréal, il n'y a jamais moyen de savoir comment ils vont s'habiller pour sortir le soir. On a vidé une bouteille de gin pour se mettre en appétit tous les trois, ce après quoi, débraillé ou pas, on était tous au même niveau. Jacques voulait se baigner, j'ai refusé en lui disant : c'est pas toi qui es en congé, c'est moi. Allons à ton baptême de restaurant manger de la fondue. Il s'est déshabillé quand même, devant Marise en plus, il est parti tout nu vers le lac, il suffit de traverser la route, c'est à deux pas. Mais il est revenu en courant, les orteils à peine mouillés. C'est un sacrement de douillet. Puis on est parti, il était déjà sept heures et demie. Je mourais de faim dans l'auto, j'aurais dévoré n'importe quoi. La fondue bourguignonne, c'est bon. Je ne pourrais pas servir ça au Roi, c'est trop dangereux pour les enfants, mais avec la sauce à l'ail, c'est merveilleux. J'ai même copié la recette ; un instant : "La fondue bourguignonne pour personnes ; 800 grs de filet de bœuf (ça doit faire dans les une livre et demie, par là), 200 grs de beurre (3/4 de livre), 1 verre à Bordeaux d'huile (1 verre à vin), 1 bol de sauce tomate, 1 bol de mayonnaise (pas de la Kraft, il faut la faire avec des œufs), 1 bol de sauce gribiche (je ne sais pas exactement ce que c'est ; pour moi, jusqu'à ce soir, une gribiche, c'était une guidoune pas trop guidoune), 1 bol d'ail haché, cumin, câpres. Coupez la viande en petits dés d'égale grosseur et de 1 cm 1/2 environ (gros comme mon pouce), faites chauffer le beurre et l'huile dans un poêlon que vous maintiendrez bouillant en le posant sur un réchaud ; à l'aide de fourchettes à manche de bois, chacun piquera des petits dés de viande qu'il fera cuire à volonté dans un poêlon contenant huile et beurre. Si vous ne possédez pas de fourchettes à manche de bois, donnez à chaque convive deux fourchettes, car celle ayant trempé dans le poêlon serait bouillante. Le poêlon se met au milieu de la table et, de sa place, chacun fait sa petite cuisine (ça, faut dire que ça n'était pas très différent de mon ordinaire). Chaque convive a devant lui deux petites assiettes, une qui contiendra les petits carrés de viande cuite, l'autre dans laquelle il mettra la sauce de son choix (du Chili sauce, ça devrait être bon pour ça) pour assaisonner le petit carré de viande. Accompagnez la fondue d'un petit vin rosé ou d'un Bordeaux rouge, de crudités, de salades et finissez avec des fromages et un dessert. Cette recette sera parfaite pour un repas sans façon, entre amis."

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