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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Elle n'était pas certaine d'agir sans maladresse. C'était un écorché vif.

Les moindres mot, allusion, non pesés avec le plus grand soin, risquaient de le faire basculer à l'inverse du but recherché.

Elle devinait que les mots Amour, ou plaisir, lui étaient insupportables, à lui, l'exclu de l'amour, lui qui pourtant s'en était exclu volontairement pour un amour plus haut, qui avait su la fuir et se séparer d'elle avec une si sereine et digne sagesse.

Par instants, c'était désolant, il ressemblait à Bardagne.

Elle ne se résignait pas à le voir descendre et perdre son aura.

Mais elle était bien obligée de constater qu'on ne pouvait plus discuter avec lui de toutes questions délicates ou délicieuses, comme ils l'avaient fait jadis, proches comme frère et sœur, comme amis amoureux, de façon libérale et charmante.

On aurait dit qu'il n'avait plus de volonté. Lui qu'elle avait connu si énergique, si lucide et si ferme devant la tentation de l'amour, si sûr de bien agir, lorsqu'à Katarunk il avait fait alliance avec eux, ou lorsque, plus tard, il était allé au-devant d'eux, à Québec, bravant les courants d'opinions contraires, afin de leur donner la caution de sa réputation en Nouvelle-France, il était aujourd'hui comme un navire démâté sans boussole.

*****

Quelques heures avant le départ, elle le regarda en face presque avec des larmes dans les yeux, et lui dit :

– Vous ai-je perdu ?

Une fois encore il changea de visage, et l'on eût dit qu'un coup de brise qui s'élevait entraînait du même coup les fumées délétères qui asphyxiaient son âme.

– Oh ! Mon amie, non ! Qu'allez-vous imaginer ? Comment vivre sans vous ? Au moins sans l'idée que, quelque part vous me gardez votre amitié, que vous existez et avez pour moi une pensée parfois, ô ma très chère et douce amie.

« Mais, comprenez que je souffre des coups injustes portés à un ami si cher !...

« Et ceux qu'il m'a portés, injustes et mortels, ils ne vous font pas souffrir ?... » fut-elle sur le point de lui rétorquer.

Mais elle se contint, persuadée de l'inanité de sa réflexion, pour le moment. De plus, il n'était guère dans la nature d'Angélique de faire état à tous vents des préjudices et torts qu'elle estimait avoir subis. Il y a une pudeur et une fierté d'une essence particulièrement féminine, dans le silence de certains êtres sur les blessures qu'ils ont reçues. Elle était comme les chevaliers des légendes qui portent compassion aux malheurs des autres, volent à leur secours, s'indignent des injustices qu'ils subissent, et nantis d'une si sainte et généreuse vocation de pourfendre les ennemis des autres, ne pensent pas à ceux qui les guettent et oublient leur propre sort.

« Hors des légendes, se dit-elle, il serait bon de s'apercevoir que notre armure est parfois fort cabossée et que notre sang coule. Je me laisse stupidement émouvoir par le sort de mes amis et ils en abusent, sans se soucier des coups qui nous sont portés, des chagrins qui nous désolent. Ils nous pensent assez forts et privilégiés pour nous en consoler et nous en défendre nous-mêmes. »

– Vous ne m'avez même pas demandé des nouvelles d'Honorine ? lui jeta-t-elle tout à trac, révoltée. M. le chevalier, vous me faites beaucoup de peine. Et votre changement d'attitude ne peut que nuire à la cause que vous défendez, car je ne pourrais manquer d'accuser une fois de plus votre jésuite d'en être la cause.

« Je viens de laisser Honorine, ma petite fille, aux soins de mère Bourgeoys, et ne la reverrai pas de toute une année et durant ce voyage, pour une raison que je n'ai pas encore parfaitement démêlée mais qui n'a rien d'imaginaire, la Nouvelle-France m'a fait grise mine. Je vous cherchais à Montréal afin de trouver réconfort et vous m'avez fuie. Attristée, je descends le fleuve et m'éloigne pour longtemps.

« Était-ce le moment de venir me faire comprendre que j'ai perdu votre amitié ? Comme si cela pouvait m'être indifférent ! C'est bien méconnaître l'attachement que je porte à mes amis et qui fait, hélas, ma faiblesse. Vous me traitez de femme politique ou de femme calculatrice, légère, que sais-je ! Non. Je ne suis qu'une femme, vous dis-je... et vous devriez être indigné de voir une amie comme moi qui vous ai soigné, sauvé, et qui ai eu la sottise d'avoir pour vous une préférence, quelques faiblesses parce que je vous trouvais charmant, de me voir, dis-je, traitée avec tant de hargne, de haine, oui...

Il l'interrompit en lui saisissant la main et en la baisant avec passion.

– C'est vrai, vous avez raison, pardonnez-moi !

C'était cette versatilité si peu dans le caractère de leur ami de Katarunk qui la tourmentait.

– Pardonnez-moi ! Pardonnez-moi mille fois ! Je vous en supplie. Ma conduite n'a pas d'excuses. Je sais, je n'ai jamais douté. Je sais que vous êtes du côté de la bonté...

– Ce qui voudrait dire que, malgré ses vertus, votre saint martyr, notre adversaire, ne s'est pas privé de manquer de charité dans ses entreprises contre nous ? Vous le reconnaissez ?

Elle aurait voulu qu'il se prononçât, qu'il se décidât à regarder la situation en face, qu'il fît un choix. C'était d'osciller, de douter qui le détruisait.

– C'est vrai, fit-il... Et pourtant, si, il y avait en lui de la bonté...

– Assez, coupa-t-elle. Vous me décevez parce que vous ne voulez pas échapper à vos tourments.

Et voyant qu'il portait la main à son gilet, elle crut qu'il voulait encore lui lire une lettre du Père d'Orgeval.

– Assez, vous dis-je. Je ne veux plus entendre parler de cet homme.

– Ce n'est pas cela !

Il la suivit tandis qu'elle reprenait le chemin de la plage pour regagner le bord de L'arc-en-ciel, et il lui prit le bras en riant presque.

– Vous vous trompez sur mon compte, vous aussi, Madame. Sachez qu'à Montréal, j'ai été visiter votre petite Honorine à la Congrégation de Notre-Dame, et que je vous amène une lettre de Marguerite Bourgeoys vous donnant des détails sur la petite demoiselle !...

Angélique sursauta, faillit l'embrasser, lui reprocha vivement d'avoir attendu jusqu'à cet instant pour lui transmettre cette bonne nouvelle.

Il se frappa la poitrine, reconnut que la fatigue et la précipitation du voyage lui avaient causé comme un engourdissement de mémoire, au point qu'il avait commencé par oublier le message dont il était porteur. De toute façon, cela lui serait revenu. Il ne serait pas parti sans lui avoir remis ce pli, leur avoir parlé de l'enfant. Elle ne le crut qu'à demi. Elle le soupçonnait d'avoir voulu l'éprouver, la faire souffrir, lui refusant une joie pour se venger d'elle, venger « l'autre »... Cela lui ressemblait si peu... Son état hypocondriaque était beaucoup plus grave qu'elle ne croyait. Elle ne s'étonna pas d'apprendre que c'était Marguerite Bourgeoys qui avait fait chercher le chevalier, aux Sulpiciens, sous le prétexte de lui faire porter une lettre donnant des nouvelles d'Honorine de Peyrac à ses parents avant que ceux-ci n'eussent quitté la Nouvelle-France. D'autorité, elle l'avait décidé à se lancer à leur poursuite.

Elle n'avait pas eu tort puisque, non sans peine, l'on vit reparaître en ces dernières heures, l'ancien Loménie, à l'expression aimable et décidée, qui leur parla comme lui seul savait le faire, de ses entretiens avec la jeune Honorine, leur remit en sus du pli de la directrice, une page d'écriture de la petite écolière, couverte de grands A appliqués, mais bien tournés et proprement alignés qu'Angélique plia dans son corsage comme une lettre d'amour.

L'heure de la séparation approchant, le comte de Peyrac, qui s'était éclipsé, apporta à son tour une missive qu'il venait de rédiger pour Honorine, un grand pli scellé d'un grand cachet rouge, en demandant au chevalier d'avoir la bonté d'aller lui-même en lire la teneur à leur fille lorsqu'il aurait regagné Montréal. Il y joignit une bague qu'il retira de son doigt, et qu'il envoyait à l'enfant afin qu'elle la portât sur elle en « signe de reconnaissance ».

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