365 expressions de nos grands-mères
- Автор: Maillet Jean
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Éditions de l’Opportun
- ISBN: 978-2360751709
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «365 expressions de nos grands-mères». Краткое содержание книги:
Ethnologue de la langue française, il mène l’enquête au fil des pages pour nous révéler ce qu'était un patachon, un as de pique ou de la gnognotte. Malicieuses, imagées, ces expressions sans âge font encore notre bonheur quotidien et témoignent de la richesse de notre langue. Jean Maillet nous offre ainsi un merveilleux voyage dans l’histoire populaire du français !
Jean Maillet est spécialiste de la langue française, il a publié de nombreux ouvrages dont Langue française : Arrêtez le massacre !
Quel charivari !
L’origine étymologique de charivari est mal connue mais son premier sens est précis : tapage que l’on fait à l’occasion de certaines noces : celles d’un remariage ou celles d’un couple mal assorti. La tradition en remonte au Moyen Âge, l’un des premiers charivaris étant, en littérature, celui du Roman de Fauvel de Gervais du Bus, mis en musique par Philippe de Vitry (1320) : Fauvel est un âne personnifiant tous les vices ; son nom est en effet formé des initiales F pour flatterie, A pour avarice, U (= V) pour vilenie (infamie), V pour variété (inconstance), E pour envie et L pour lâcheté. Éconduit par Dame Fortune, Fauvel se résigne à épouser Vaine Gloire. L’immense charivari qui est organisé le soir de leurs épousailles (musique cacophonique, percussions de poêles et chaudrons, vociférations, chants paillards, etc.) souligne la discordance de leur union. C’est à l’occasion de cette œuvre médiévale que le mot charivari est entré dans la langue française sous la forme chalivali ou calivaly. Par extension, le mot, à partir du XVe siècle, a désigné un grand tumulte avec ustensile de cuisines pour faire injure à quelqu’un, puis, simplement, un grand bruit né d’un grand désordre : « Mettez tous ces docteurs en présence : quel charivari ! quel tapage ! quel brouhaha ! quelle confusion de langues ! chacun pour faire valoir son opinion » (Louis Le Roy, Le Charlatanisme démasqué, ch. 1er, 1824).
C’est la foire d’empoigne !
« D’empogne », disait grand-mère. Si elle avait connu le sens ancien de l’expression, sans doute ne l’aurait-elle jamais employée, elle qui était si pudique !
En 1872, dans son Étude sur le langage populaire, le philologue Charles Nisard nous donne, pour être de la foire d’empoigne, cette définition : « être porté aux attouchements grossiers à l’égard des femmes. » Ceux qui étaient de la foire d’empoigne avaient donc une fâcheuse tendance à mettre la main au panier, à fréquenter les pince-fesses, à ne pas se priver de privautés, bref, c’étaient de sacrés pépères pervers, surtout si l’on considère qu’empoigner signifie « saisir vigoureusement à pleine main ». Des mains baladeuses, l’expression foire d’empoigne a glissé vers les mains furtives et fureteuses, celles des pickpockets, voleurs à la tire et à l’étalage, acheter à la foire d’empoigne prenant le sens de « voler » : « […] ce n’est qu’une fin de non-recevoir qu’inspire à ces négociants notre qualité de barbares, soupçonnés d’acheter tout sans payer, — à la foire d’empoigne — comme disent les troupiers ». (Georges de Kéroulée, Un Voyage à Pékin, ch. VI, 1861).
De nos jours, la foire d’empoigne ne qualifie plus qu’une cohue où chacun essaie, par tous les moyens, de s’emparer de ce qu’il désire, lors d’un héritage, par exemple, ou dans les grands magasins, le tout premier jour des soldes.
Quelle pétaudière !
Dans le Tartuffe de Molière, Mme Pernelle explique en ces termes pourquoi elle s’enfuit si vite de chez sa fille Elmire :