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La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

Электронная книга - «La vérité sur l'Affaire Harry Quebert». Краткое содержание книги:

À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois.
Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces.
Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?
Sous ses airs de thriller à l’américaine, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.
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— Où as-tu trouvé ça ? demanda Robert.

— Chez ce petit fils de pute de Harry Quebert ! Ha !

— Tu es allée voler ça chez lui ?

— Je n’ai rien volé : je me suis servie ! Je le savais ! C’est une espèce de pervers dégueulasse qui fantasme sur une môme de quinze ans. Ça me donne la nausée ! J’ai envie de vomir ! J’ai envie de vomir, Bobbo, m’entends-tu ? Harry Quebert est amoureux d’une fillette ! C’est illégal ! C’est un porc ! Un porc ! Et dire qu’il passe son temps au Clark’s, c’est pour la reluquer, oui ! Il vient dans mon restaurant pour reluquer les miches d’une gosse !

Robert relut le texte plusieurs fois. Il n’y avait guère de doute possible : c’étaient bien des mots d’amour que Harry avait écrits. Des mots d’amour pour une fille de quinze ans.

— Que vas-tu faire de ça ? demanda-t-il à sa femme.

— J’en sais rien.

— Vas-tu alerter la police ?

— La police ? Non, mon Bobbo. Pas pour le moment. Je ne veux pas que tout le monde sache que ce criminel de Quebert préfère une fillette à notre merveilleuse Jenny. Où est-elle d’ailleurs ? Dans sa chambre ?

— Figure-toi que ce jeune officier de police, Travis Dawn, est venu ici peu après que tu sois partie, pour l’inviter au bal de l’été. Ils sont partis dîner à Montburry. Jenny s’est déjà trouvé un autre cavalier pour le bal, si ce n’est pas beau, ça…

— Pas beau, pas beau, mais c’est toi qui n’es pas beau, mon pauvre Bobbo ! Allez, fiche-moi le camp maintenant ! Je dois cacher cette feuille quelque part, et personne ne doit savoir où.

Bobbo s’exécuta et s’en alla finir son journal sous le porche. Mais il ne parvint pas à lire, l’esprit trop occupé par ce que sa femme avait découvert. Harry, le grand écrivain, écrivait donc des mots d’amour pour une fillette de la moitié de son âge. La gentille petite Nola. C’était très dérangeant. Devait-il prévenir Nola ? Lui dire que ce Harry était tout empli de drôles de pulsions et qu’il pouvait peut-être même être dangereux ? Ne fallait-il pas prévenir la police, afin qu’un médecin l’examine et le soigne ?

Une semaine après cet épisode eut lieu le bal de l’été. Robert et Tamara Quinn se tenaient dans un coin de la salle, à siroter un cocktail sans alcool, lorsqu’ils aperçurent Harry Quebert parmi les convives. « Regarde, Bobbo, siffla Tamara, voici le pervers ! » Ils l’observèrent longuement, tandis que Tamara poursuivait son flot d’injures que seul Robert pouvait entendre.

— Que vas-tu faire avec cette feuille ? finit par demander Robert.

— Je n’en sais rien. Mais ce qui est sûr, c’est que je vais commencer par lui faire payer ce qu’il me doit. Il en a pour 500 dollars d’ardoise au restaurant !

Harry semblait mal à l’aise ; il se fit servir à boire au bar pour se donner un peu de contenance, puis se dirigea vers les toilettes.

— Le voilà qui va aux waters, dit Tamara. Regarde, regarde, Bobbo ! Sais-tu ce qu’il va faire ?

— La grosse commission ?

— Mais non, il va s’astiquer le manche en pensant à cette fillette !

— Quoi ?

— Tais-toi, Bobbo. Tu jacasses trop, je ne veux plus t’entendre. Et reste ici, veux-tu.

— Où vas-tu ?

— Ne bouge pas. Et admire le travail.

Tamara posa son verre sur une table haute et se dirigea subrepticement vers les toilettes où venait de pénétrer Harry Quebert pour s’y engouffrer à son tour. Elle en ressortit après quelques instants et se dépêcha de rejoindre son mari.

— Qu’as-tu fait ? demanda Robert.

— Tais-toi, je t’ai dit ! l’invectiva sa femme en reprenant son verre. Tais-toi, tu vas nous faire prendre !

Amy Pratt annonça à ses invités qu’ils pouvaient passer à table, et la foule convergea lentement vers les tables. À cet instant, Harry sortit des toilettes. Il était en sueur, paniqué, et se mêla aux convives.

— Regarde-le détaler comme un lapin, murmura Tamara. Il panique.

— Mais enfin, qu’as-tu fait ? insista Robert.

Tamara sourit. Discrètement, elle faisait jouer dans sa main le bâton de rouge à lèvres qu’elle venait d’utiliser sur le miroir des toilettes. Elle répondit simplement :

— Disons que je lui ai laissé un petit message dont il se souviendra.

*

Assis au fond du Clark’s, j’écoutais, stupéfait, le récit de Robert Quinn.

— Alors le message sur le miroir, c’était votre femme ? dis-je.

— Oui. Harry Quebert est devenu son obsession. Elle ne me parlait plus que de ce feuillet, elle disait qu’elle allait faire tomber Harry pour de bon. Elle disait que bientôt les titres des journaux annonceraient : Le grand écrivain est un grand pervers. Elle a fini par en parler au Chef Pratt. Quinze jours après le bal, environ. Elle lui a tout raconté.

— Comment le savez-vous ? demandai-je.

Il hésita un instant avant de répondre :

— Je le sais parce que… C’est Nola qui me l’a dit.

*

Mardi 5 août 1975

Il était dix-huit heures lorsque Robert rentra de la ganterie. Comme toujours, il gara sa vieille Chrysler dans l’allée, puis, lorsqu’il eut coupé le moteur, il ajusta son chapeau dans le rétroviseur et fit le regard que l’acteur Robert Stack faisait lorsque son personnage d’Eliot Ness à la télévision s’apprêtait à flanquer une raclée monumentale à des membres de la pègre. Il traînait souvent de la sorte dans sa voiture : il y avait longtemps qu’il n’avait plus beaucoup d’entrain à rentrer chez lui. Parfois, il faisait un détour pour retarder un peu ce moment ; parfois il s’arrêtait chez le marchand de glaces. Lorsqu’il finit par s’extirper de l’habitacle, il lui sembla percevoir une voix qui l’appelait de derrière les taillis. Il se retourna, chercha un instant autour de lui, puis remarqua Nola, dissimulée entre des rhododendrons.

— Nola ? interrogea Robert. Bonjour, mon petit, comment vas-tu ?

Elle chuchota :

— Il faut que je vous parle, Monsieur Quinn. C’est très important.

Il continua à parler à haute et intelligible voix :

— Entre donc, je vais te préparer une limonade bien fraîche.

Elle lui fit signe de parler moins fort.

— Non, dit-elle, il nous faut un endroit tranquille. Pourrions-nous monter dans votre voiture et rouler un peu ? Il y a ce vendeur de hot-dogs sur la route de Montburry, nous y serons tranquilles.

Bien que très surpris par cette requête, Robert ne la refusa pas. Il fit monter Nola dans sa voiture et ils prirent la direction de Montburry. Ils s’arrêtèrent quelques miles plus loin, devant cette baraque en planches où l’on vendait des snacks à emporter. Robert acheta une gaufre et un soda pour Nola, un hot-dog et une bière sans alcool pour lui. Ils s’installèrent à l’une des tables disposées sur l’herbe.

— Alors, mon petit ? demanda Robert en engloutissant son hot-dog. Que se passe-t-il de si grave pour que tu ne puisses même pas venir boire une bonne limonade à la maison ?

— J’ai besoin de votre aide, Monsieur Quinn. Je sais que cela va vous paraître étrange mais… Il s’est passé quelque chose aujourd’hui au Clark’s, et vous êtes la seule personne qui soit en mesure de m’aider.

Nola raconta alors la scène à laquelle elle avait assisté fortuitement environ deux heures plus tôt. Elle était allée voir Madame Quinn au Clark’s pour la paie des samedis de service qu’elle avait effectués avant sa tentative de suicide. C’est Madame Quinn elle-même qui lui avait dit de passer à sa convenance. Elle s’y était rendue sur le coup des seize heures. Elle n’y trouva que quelques clients silencieux ainsi que Jenny, occupée à ranger de la vaisselle et qui lui indiqua que sa mère était dans son bureau, sans juger bon de préciser qu’elle n’était pas seule. Le bureau était l’endroit où Tamara Quinn tenait sa comptabilité, conservait les recettes de la journée dans le coffre, s’empoignait au téléphone avec des fournisseurs en retard ou s’enfermait tout simplement sous de mauvais prétextes lorsqu’elle voulait avoir la paix. C’était une pièce étriquée, dont la porte, toujours fermée, était frappée de l’inscription PRIVÉ. On y accédait par le couloir de service situé après l’arrière-salle et qui menait également aux toilettes des employés.

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