Chroniques
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #38
- Язык: французский
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:
Les petits exemples abondent
Jadis nos pères se soulageaient ouvertement au coin des rues, le long des murs, ou bien en de vieux tonneaux qui avaient contenu du vin. Nos mères ne se choquaient point. Maintenant vous avez fait des labyrinthes de ces endroits où l’on accomplit ce que Rabelais ne craignait pas de dire en français. Il ne vous suffisait pas d’avoir une flotte cuirassée, vous avez voulu des Rambuteau blindés.
M. Chouard a dû se frotter les mains.
Aujourd’hui vous songez vaguement à supprimer des mots dans la langue, ne pouvant supprimer les choses dans la nature.
Du moment que la femme existe, c’est pour quelque chose, n’est-ce pas ? Alors pourquoi ces mystères ? Pourquoi ces voiles ?
S’il est tout simple d’aimer les femmes et de le leur prouver par les moyens connus, pourquoi serait-il défendu de parler de cela sans détours et sans feintes ?
Si vous croyez à Dieu, c’est à lui qu’il faut vous en prendre. Si vous n’y croyez pas, le meilleur moyen serait de faire châtrer les citoyens dès leur naissance. Les hommes ainsi corrigés cesseraient, soyez-en sûrs, ces naturelles plaisanteries qui vous offusquent si fort.
Vous êtes des pontifes, messieurs, et des pontifes ennuyeux, des pontifes sans esprit et sans fantaisie, vous ne savez pas rire. Prenez garde.
Vous dites, la main sur le cœur : « Les vrais artistes n’ont rien à craindre de nous. » Et cependant les vrais artistes vous craignent, car vous avez au fond de l’âme une pensée, et vous travaillez à sa réalisation : vous voulez un art démocratique, un art honnête.
L’art, messieurs, ne vous en déplaise, n’a rien à faire avec tous ces mots. Il est et restera malgré vous aristocrate, sans se soucier le moins du monde de vos croyances.
L’art est aristocrate, c’est là sa force et sa grandeur. Rêver un art populaire est une autre sottise. Plus il s’élève, moins il est compris du nombre, plus il est adoré des quelques-uns capables de le pénétrer.
Ne nous parlez pas de république athénienne, vous qui auriez envoyé Aristophane en police correctionnelle.
Faites des lois contre les vices. Emprisonnez M. de Germiny, cet imitateur de Socrate, de Socrate dont le Chouard s’appelait Alcibiade, dit-on. Quand vous trouverez quelques-unes de ces passions incestueuses dont Louis XV, Chateaubriand et Napoléon nous ont fourni des exemples fameux, à ce qu’affirment les gens compétents, frappez sans merci ; mais laissez-nous rire à notre aise, comme riaient nos pères, et trouver gaies les libres aventures d’amour. Vous regardez le ciel de travers, parce que la plus impérieuse des lois naturelles vous choque, et vous punissez les hommes de la subir.
Chronique
(Le Gaulois, 20 juillet 1882)
Dans un article, dont je lui suis infiniment reconnaissant, malgré ses réserves, M. Francisque Sarcey soulève à mon sujet plusieurs questions littéraires. J’aurais préféré répondre aux théories de l’éminent critique sans avoir été nommé, pour n’avoir point l’air de plaider ma propre cause ; car j’estime qu’un écrivain n’a jamais le droit de prendre la parole pour un fait personnel : mais, dans le cas présent, la discussion passe bien au-dessus de ma tête.
M. Sarcey a écrit :
« Voici, ce me semble, que nous sommes descendus plus bas. Ce n’est plus même la courtisane que nos romanciers se plaisent à peindre, ils marquent je ne sais quel goût étrange pour la prostituée... »
Et plus loin :
« A quoi bon se donner tant de mal pour étudier des êtres aussi peu dignes d’intérêt ? Ces âmes dégradées ne sont plus capables que d’un très petit nombre de sentiments qui tiennent tous de l’animalité. »
M. Sarcey, en ce cas, passe ses droits, me semble-t-il. Depuis que la littérature existe les écrivains ont toujours énergiquement réclamé la liberté la plus absolue dans le choix de leurs sujets. Victor Hugo, Gautier, Flaubert, et bien d’autres, se sont justement irrités de la prétention des critiques d’imposer un genre aux romanciers.
Autant reprocher aux prosateurs de ne point faire de vers, aux idéalistes de n’être point réalistes, etc.
L’écrivain est et doit rester seul maître, seul juge de ce qu’il se sent capable d’écrire. Mais il appartient aux critiques, aux confrères, au public, d’apprécier s’il a accompli bien ou mal l’œuvre qu’il s’était imposée. Il n’est justiciable du lecteur que pour l’exécution.
S’il me prend fantaisie de critiquer ou de contester le talent d’un homme, je ne le puis faire qu’en me plaçant à son point de vue, en pénétrant ses intentions secrètes. Je n’ai pas le droit de reprocher à M. Feuillet de ne jamais analyser des ouvriers, ou à M. Zola de ne point choisir des personnages vertueux.
Il ne s’ensuit pas qu’il ne nous soit point permis de garder des préférences pour un certain ordre d’idées ou de sujets.
Nous touchons là à la question la plus discutée depuis une dizaine d’années. Je ne puis mieux faire, me semble-t-il, pour l’aborder, que de citer un passage d’une très remarquable lettre de M. Taine, dont je ne partage point l’opinion, opinion qui concorde d’ailleurs avec celle de M. Francisque Sarcey :
« Dans le second rôle, il ne me reste qu’à vous prier d’ajouter à vos observations une autre série d’observations. Vous peignez des paysans, des petits bourgeois, des ouvriers, des étudiants et des filles. Vous peindrez sans doute un jour la classe cultivée, la haute bourgeoisie, ingénieurs, médecins, professeurs, grands industriels et commerçants.
« A mon sens, la civilisation est une puissance. Un homme né dans l’aisance, héritier de trois ou quatre générations honnêtes, laborieuses et rangées, a plus de chances d’être probe, délicat et instruit. L’honneur et l’esprit sont toujours plus ou moins des plantes de serre.
« Cette doctrine est bien aristocratique, mais elle est expérimentale... »
Ajoutons encore à cela le vœu formulé par un maître romancier, Edmond de Goncourt, de voir les jeunes gens appliquer au monde, au vrai monde, les procédés d’observation scrupuleuse qu’emploient depuis longtemps déjà les écrivains pour analyser les humbles classes !
Et maintenant étonnons-nous de ce que les gens qui semblent les seuls intéressants à étudier soient toujours négligés par les hommes de lettres.
Pourquoi ? Est-ce, comme le dit Edmond de Concourt, parce que la difficulté de pénétration dans les cœurs, les âmes et les intentions est infiniment plus difficile ? Peut-être un peu. Mais il existe une autre raison.
Le romancier moderne cherche avant tout à surprendre l’humanité sur le fait. Ce qu’il a donc intérêt à dégager d’abord dans toute action humaine, c’est le mobile initial, l’origine mystérieuse du vouloir, et surtout les déterminants communs à toute la race, les impulsions instinctives.
Or, ce qui distingue principalement les gens du monde des catégories d’individus plus simples, c’est surtout une sorte de vernis, de conventions, un badigeonnage d’hypocrisie compliquée.