Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
L’histoire est-elle vraie ? En tout cas, celle à qui on l’attribue est capable de cet esprit. Ce mot charmant n’a-t-il pas, en même temps, préservé sa dignité et affirmé les libertés que lui donne son talent ?
Dire que Paris vient d’être remué, pendant cinq jours, par les péripéties d’une partie de billard !
Les journaux enregistraient les résultats ; et, chaque soir, sur la place de l’Opéra, la foule, cette bête à mille têtes, ce tas grouillant d’humanité badaude, contemplait avidement les cadres transparents où les points étaient marqués. Et on criait, on applaudissait, on huait. Toute la bêtise populaire était secouée patriotiquement. Qui l’emporterait sur le billard, de l’Amérique ou de la France ? Lutte héroïque. Les deux Républiques, celles qu’on appelle les deux grandes Républiques, luttaient comme Roland et Olivier dans la Légende des Siècles ! Et chaque soir le dur combat recommençait ; et des paris étaient transmis par le câble transatlantique ; et, dans les salons élégants, les jeunes femmes aux yeux divins demandaient avec angoisse aux hommes qui revenaient du cercle : « Savez-vous qui a gagné ce soir de Slosson ou de Vignaux ? »
Voilà trop longtemps que dure cette insupportable scie. Ce duel ridicule au carambolage qui prend les proportions d’un événement public, qui recommence périodiquement à la façon de la querelle ancienne des Capulets et des Montaigus, a cela d’odieux qu’il remue le fond de bêtise que tout peuple, porte en lui ; il la fait monter en écume à la surface, l’étale au grand jour ! Le duel de l’Amérique et de la France sur un tapis ceint de bandes ! Le championnat pour le billard de la France et de l’Amérique ! Oh !
Que MM. Vignaux et Slosson s’amusent à jouer au billard, c’est leur droit incontestable. Que les combinaisons des carambolages constituent le grand intérêt de leur vie, le grand effort de leurs pensées, produisent la plus forte tension de leur intelligence, personne n’a rien à y voir ; personne n’a le droit de les en blâmer. Mais qu’ils fassent interrompre la circulation sur le boulevard en ameutant les badauds, sous leurs fenêtres ; qu’ils favorisent, par là même, l’accroissement de la niaiserie en France, c’est trop.
Vaincu, M. Vignaux a, parait-il, refusé la main que lui tendait M. Slosson. On ne l’a pas trouvé chevaleresque !.. Parbleu ! Et on l’a hué. Miséricorde ! La foule est impitoyable. Comme Olivier fut plus magnanime, plus vraiment grand avec Roland, en lui offrant la main de sa sœur pour terminer la lutte !
Quel enthousiasme dans le public si cette partie acharnée avait pris fin héroïquement comme le poème de Victor Hugo.
Et nous serions, nous, débarrassés de cette scie carambolo-patriotique.
Mais les scies sont éternelles. Et M. Vignaux vient d’être provoqué par un nouveau champion. A bientôt cet intéressant tournoi, où l’honneur national se trouve encore intéressé. La place de l’Opéra étant désormais insuffisante pour contenir le public anxieux, ne pourrait-on mettre le palais de l’Industrie à la disposition des combattants, et annoncer chaque point du champion français par un coup de canon tiré des Invalides, comme on annonçait, en d’autres temps, les victoires ?
On raconte aussi qu’un défi vient d’être lancé par un célèbre joueur de biribi de Montmartre à tous les amateurs de l’univers. Encore un championnat. Puis nous assisterons aux passionnantes rivalités des joueurs de loto, de pigeon-vole, de toupie hollandaise, de tonton, de bilboquet, etc.
Résignons-nous.
Déjà nous avons pris notre parti de bien d’autres scies, qui pour être plus anciennes, n’en sont pas moins insupportables. Nous les subissons d’une façon régulière, tantôt avec un enthousiasme de bon goût, tantôt avec une patience muette.
La plus terrible de toutes n’est-elle pas le changement de ministères ? Songez donc, trois fois par an on remplace M. Goblet par M. Timbale ou M. Timbale par M. Goblet. Cela ne change rien, il est vrai, et nous laisse froids. Mais chaque fois tous les journaux, tous nos parents, tous nos amis, tous nos voisins, au restaurant, en chemin de fer, en omnibus, recommencent la même discussion sur la manière d’appliquer en France le régime républicain. Avec une gravité prudhommesque et sereine, ils répètent invariablement les mêmes arguments que les faits, trois mois après, viennent invariablement démentir. Et nous ne sommes pas encore enragés ou anarchistes guillotineurs ?
Il faut avouer que l’oubli recouvre vite les ministres dégringolés. Qui sait leur nom trois jours après la chute ? Ne serait-il pas bien amusant de demander soudain à toutes les personnes réunies en un salon de nommer tous les membres du Grand Ministère défunt ? Combien les pourraient retrouver ?
En vérité, de tous les ministres qui se sont succédé depuis dix ans, un seul est immortel, incontestablement. Il s’appelle le général Farre. Et pourquoi sa renommée apparaît-elle, dès aujourd’hui, impérissable ? Pour une chose bien simple : il a supprimé les tambours ! Il est l’Erostrate du siècle ! Il peut crier : Eureka ! Il a trouvé un moyen pour l’immortalité, le vrai, le seul, le moyen à la Mangin et à l’Alcibiade. Et dans mille ans, alors que personne ne citera plus les noms de MM. Devès, Raynal et Cie, on parlera encore avec étonnement de l’homme qui a supprimé les tambours dans l’année française, comme on parle aujourd’hui de celui qui brûlât jadis le temple d’Éphèse.
Des scies ? Mais il en pleut toute l’année. Tenez : les œuvres de bienfaisance envers l’étranger, la charité par l’exportation, l’aumône-réclame, la pitié dansante, l’apitoiement sur des infortunes lointaines, au plus grand avantage des imprésarios, de la fête, et au réel détriment de notre pays.
Inondés de Hongrie, inondés d’Espagne, incendiés de Vienne et autres. Tout l’argent ramassé passe invariablement aux frais d’organisation. Mais peu importe.
L’Espagne a-t-elle donné un combat de taureaux ; l’Autriche-Hongrie a-t-elle offert une tombola pour les centaines de morts de Perrégaux ? Et là-bas le pays est ravagé, le grand barrage fécondant la plaine est détruit, douars et gourbis et maisons sont emportés par l’eau. Bast ! C’est en Algérie. Quel bénéfice, quelles décorations, quels honneurs, quelles prérogatives pourraient revenir aux gens généreux qui se mettraient en avant ?