Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
About, Montjoyeux, Schon et Chapron n’avaient-ils pas d’esprit pour la boutique du barbier ?
Quand un journal laisse partir de tels rédacteurs, tant pis pour lui ! Cela indique que l’on n’y peut rester, « bien que l’esprit de coterie et d’exclusion y soit complètement inconnu ».
Albert Wolff lui-même, la colonne de l’édifice, n’a-t-il pas été plusieurs fois contraint de l’abandonner ?
Et nunc erudimini.
A toi, barbier. Tu dis : « Ici est intervenu le vieux démon du Figaro qui nous a soufflé à l’oreille que, depuis longtemps, nous n’avions rien fait pour chatouiller l’épiderme de la curiosité publique… »
Oh ! qu’en termes galants ces choses-là sont dites
Que j’aime ce « vieux démon qui t’a soufflé à l’oreille !.. » Et : « chatouillé l’épiderme de la curiosité publique ! »
Et tu ajoutes, farceur… « pour donner à nos ennemis un prétexte à nous attaquer ». Parbleu ! Ainsi qu’on donne aux gendarmes un prétexte à monter à cheval, comme tu l’as prévu, matois !
Arrivons au concours.
Donc tu crois que tous les écrivains connus, tous les écrivains de réputation, tous les écrivains de valoir, abdiquant toute fierté légitime, toute dignité littéraire, vont se jeter éperdument sur leur plume, confectionner un morceau quelconque de quatre à cinq cents lignes, et le faire porter incontinent rue Drouot pour être soumis au Jury d’honneur de lettres qui va siéger dans ton logis !
Or, parlons-en, du jury d’honneur.
La plus belle fille du monde (c’est connu) ne peut donner que ce qu’elle a. Le Figaro non plus.
Nous allons donc lire quelque jour la composition de ce tribunal : Président M. Saint-Genest ; membre, M. Ignotus ; secrétaire, M. Prével. — V’lan !
M. Saint-Genest est, parait-il, un charmant homme, mais il n’est pas un écrivain. Devant la gueule d’un canon ou devant celle des lions à qui l’on jetait les martyrs chrétiens, au pied de la guillotine ou du gibet, en face des plus affreux engins de torture, bravant lés supplices et la mort, je ne cesserai point de proclamer cette vérité : M. Saint-Genest n’est pas un écrivain.
Mon opinion reste exactement la même touchant M. Ignotus et M. Prével.
Et je t’enverrais de la COPIE ! Mais c’est grave, cela ! Songez donc ; si j’étais rejeté par ce tribunal, quelle dérision ! Et si j’étais couronné, quelle humiliation !
Ce n’est pas tout encore. Tu dis : « L’article primé sera payé cinq cents francs ! » Bigre ! C’est beau cela : et je te parierais Armand Silvestre contre Saint-Genest (avec la certitude de ne pas perdre, sans quoi je ne ferais point cette folie) qu’il y a déjà sous les toits de Paris plus de six cents chroniques paraphées à ton adresse. Cinq cents francs ! ! ! Oh ! — Mais réfléchissons un peu. Je voudrais savoir si M. Wolff, par exemple, est payé par toi cinq cents francs l’article ? Si oui, comment cet écrivain accepterait-il l’égalité avec le premier venu ? Si non, à plus forte raison, comment supporterait-il L’infériorité où tu le placerais ? Diable, cela est compliqué. Je vais relire ton prospectus. Tiens, parbleu, je trouve ceci : « L’article ne devra jamais dépasser un maximum de quatre à cinq cents lignes. » — Cinq cents lignes ! Miséricorde ! Un vrai roman ! Je m’explique alors ; tu en veux pour ton argent. Car enfin, tout journal qui se respecte paye aujourd’hui deux cents à deux cent cinquante francs une chronique de cent cinquante à deux cent cinquante lignes signée d’un nom en vedette. — Alors, où est la différence ? — Financier, va !
M. JOURDAIN
Et comme l’on parle, qu’est-ce que c’est donc que cela ?
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
De la prose.
M. JOURDAIN
Quoi ! Quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles et me donnez mon bonnet de nuit », c’est de la prose ?
LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Oui, monsieur.
C’est de la prose, en effet. Tout le monde, assurément, écrit et parle en prose, puisque, d’après le maître de philosophie de M. Jourdain, il n’y a que prose et vers.
Cependant, je serais bien près de penser tout autrement, et d’établir des distinctions infiniment plus subtiles que ne le faisait Molière. Ainsi, je ne démordrai jamais de ceci : que tous les discours politiques prononcés à la Chambre sont uniformément rédigés en charabia, et que les journaux, les trois quarts du temps, sont écrits en petit nègre, seule langue à la portée des foules. Donc, en générai : ni prose ni vers ; autour de nous tout est charabia et petit nègre. Est-il utile de le prouver ?
Oui, sans doute, car tout homme qui sait remuer suffisamment sa langue pour demander une côtelette dans une gargote, ou pour s’informer comment se portent la « dame » et les « demoiselles » de son ami, nourrit la prétention outrageante et fantastique de parler français.
Quiconque est capable de griffonner une lettre pousse la vanité jusqu’à s’imaginer qu’il a du style. Tout reporter se croit homme de lettres, et tout concierge, lisant l’œuvre d’un écrivain, s’érige en juge, déclare le livre bien ou mal écrit, selon qu’il correspond plus ou moins à la plate bêtise de son esprit.
Qu’est-ce donc que le style ? dira-t-on. Au fond je n’en sais trop rien ; et je serais tenté de répondre encore à la façon de Molière : — « Pourquoi l’opium fait-il dormir ? — Quia habet virtutem dormitivam. » De même du style, malgré l’outrecuidance des grammairiens et professeurs qui nous enseignent les règles du bien écrire et qui prosifient eux-mêmes à la façon des cuisinières.
Or, ces jours derniers, une petite discussion sur ce sujet, ouverte dans un grand journal du matin, m’a paru fort instructive. Un ménage qui s’intitulait bas-breton, mais que j’appellerais plus volontiers bas-bleu, écrivit à M. Francisque Sarcey pour lui demander son avis sur le sens d’une phrase d’Alphonse Daudet. Après avoir bien flairé l’alinéa comme on flaire un poisson de fraîcheur douteuse, désarticulé la construction, grammaire en main, pesé chaque mot, etc., ledit ménage éprouva le il besoin de soumettre le cas à un juge compétent et choisit M. Sarcey. L’éminent critique répondit en invoquant les privilèges du style moderne, qui ne ressemble plus à son frère classique ; le ménage riposta ; la querelle n’est pas finie.
M. Sarcey terminait son dernier article à peu près par ces mots : « Comme ces questions sont plus intéressantes que les vaines querelles politiques et que toutes les inutiles discussions qui nous passionnent ! »
Je me garderai bien de nier que ces questions soient intéressantes ; mais je les juge tout aussi vaines et tout aussi inutiles que les insupportables querelles politiques dont sont encombrés les journaux.
Pourquoi ?
Parce qu’on n’apprendra jamais aux Français à parler, ni à écrire leur langue ! Parce qu’ils lisent chaque jour la prose stupéfiante dont les journaux sont pleins, et qu’ils la savourent avec délices ; parce qu’ils considèrent M. Thiers comme un grand écrivain, et M. Manuel, auteur des Ouvriers, comme un poète !