L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]
- Автор: Рейнольдс Аластер
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05841-4
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
Sylveste eut un sourire et chercha une réponse à la fois sincère et qui corresponde exactement à ce que Sajaki voulait entendre.
— Une longueur, mais moins qu’il ne pense.
Sajaki et l’autre femme revinrent moins d’une heure plus tard, accompagnés par un gigantesque chimérique : le triumvir Hegazi. Sylveste l’avait déjà vu lors de son précédent séjour à bord, mais c’est à peine s’il le reconnut. Hegazi avait toujours été un exemple extrême des représentants de son espèce – presque aussi totalement cybernétique que son capitaine –, mais, depuis la dernière fois, ce qu’il avait encore d’humain avait disparu sous des couches de machinerie. Il avait troqué certaines de ses prothèses contre d’autres, plus récentes, ou plus élégantes, et il était accompagné d’un nouvel environnement d’entoptiques, pour la plupart conçues afin de créer, en réaction aux mouvements de son corps, une cascade ininterrompue de membres fantômes de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel qui l’entouraient pendant une ou deux secondes avant de s’estomper. Sajaki, lui, portait une tenue sans prétention, sans insignes de rang ni décorations d’aucune sorte, qui soulignait sa charpente squelettique. Mais Sylveste savait qu’il ne fallait pas le juger à son manque de masse corporelle et à son absence d’armes prosthétiques visibles. Les machines qui grouillaient manifestement sous sa peau lui conféraient une vitesse et une puissance surhumaines. Il était au moins aussi dangereux qu’Hegazi et beaucoup plus rapide.
— Triumvir, je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un plaisir sans mélange, commença Sylveste, mais j’avoue que j’ai éprouvé un doux frisson de surprise en voyant que vous n’aviez pas implosé sous le poids de vos prothèses.
— Tu as intérêt à prendre ça comme un compliment, ironisa Sajaki. C’est tout ce à quoi tu auras droit de sa part.
Hegazi tortilla la moustache qu’il cultivait toujours, malgré les prothèses qui lui envahissaient le visage.
— On verra bien, Sajaki-san, s’il continuera à faire de l’esprit quand il aura vu le capitaine. Ce sourire devrait vite s’effacer de sa face.
— C’est certain. Et à propos de face, Dan, si vous nous montriez un peu la vôtre ? fit Sajaki en tripotant la crosse d’une arme glissée dans un holster, sur sa hanche.
— Avec plaisir, répondit Sylveste.
Il enleva ses lunettes anti-poussière, les lâcha par terre, où elles tombèrent avec un bruit de quincaillerie, et savoura l’expression – ou ce qui en tenait lieu – de ses ravisseurs. C’était la première fois qu’ils avaient l’occasion de voir ce qu’étaient devenus ses yeux. Ils le savaient peut-être déjà, mais le choc, lorsqu’on découvrait le travail de Calvin, était toujours rude. Ses yeux n’étaient pas de subtiles améliorations de ceux que Mère Nature lui avait donnés, mais des optiques brutales, aux fonctionnalités assez éloignées de celles de l’œil humain. On trouvait dans les vieux livres de médecine des choses plus sophistiquées… qui tenaient finalement de la jambe de bois.
— Vous saviez que j’avais perdu la vue, naturellement, dit-il en les examinant l’un après l’autre avec ses globes oculaires atones, dont on ne pouvait croiser le regard. C’est de notoriété publique sur Resurgam… Au point qu’on ne se donne même plus la peine d’en parler.
— Quel genre de résolution avez-vous avec ça ? demanda Hegazi avec ce qui ressemblait à un intérêt sincère. Je sais que ce n’est pas le summum de la technologie, mais je parie que vous avez toute la sensibilité électromagnétique, de l’infrarouge aux UV, non ? Si ça se trouve, vous avez même une imagerie acoustique ? Et la faculté de zoom ?
Sylveste regarda longuement, durement, Hegazi avant de répondre.
— Il faut que vous compreniez une chose, Triumvir. Sous un éclairage satisfaisant, quand elle n’est pas trop loin, c’est tout juste si j’arrive à reconnaître ma femme.
— À ce point-là… répondit Hegazi, fasciné.
On les conduisit dans les profondeurs du vaisseau. La dernière fois qu’il était venu à bord, on l’avait emmené directement au centre médical. À l’époque, le capitaine arrivait encore à se déplacer, au moins sur de courtes distances. Mais Sylveste ne reconnaissait pas les endroits par où on les fit passer. Ce qui ne voulait pas nécessairement dire qu’il était loin du centre médical, parce que la topographie du bâtiment était aussi complexe que celle d’une petite ville, et tout aussi difficile à mémoriser, alors même qu’il y avait passé un mois de sa vie. Il avait la quasi-certitude de se trouver en territoire entièrement nouveau. Il traversait des endroits du vaisseau – que Sajaki et l’équipage appelaient des secteurs – où il n’avait jamais mis les pieds. Si sa mémoire était bonne, l’ascenseur les emmenait dans la direction opposée à celle de la proue effilée du bâtiment, vers l’endroit où la coque conique était la plus large.
— Peu importent les défauts mineurs de vos yeux, rétorqua Sajaki. Nous n’aurons aucun mal à y remédier.
— Sans version opérationnelle de Calvin ? J’en doute !
— Alors nous vous enlèverons les yeux et nous les remplacerons par quelque chose de mieux.
— À votre place, je ne ferais pas ça. Et puis… ça ne vous donnerait toujours pas Calvin, alors, à quoi bon ?
Sajaki marmonna quelques paroles inaudibles. L’ascenseur décéléra et s’arrêta.
— Vous ne m’avez pas cru un instant quand je vous ai dit que nous avions une sauvegarde, hein ? Vous avez évidemment raison. Notre copie est bizarrement buggée. Elle était inutilisable avant même que nous tentions d’en faire quoi que ce soit.
— Ah, ce sacré software !
— Oui… Je vais peut-être vous éliminer, après tout.
D’un mouvement coulé, il dégaina son arme. Sylveste eut juste le temps de remarquer le serpent de bronze enroulé autour du canon. La façon dont l’arme tuait n’était pas si évidente ; ce pouvait être une arme à projectiles ou à rayons. Il était sûr d’une seule chose, c’est qu’il était largement à portée de tir mortel.
— Vous n’oserez pas me tuer maintenant ; pas après avoir passé tout ce temps à me courir après.
Le doigt de Sajaki se crispa sur la détente.
— Vous sous-estimez ma propension à agir sur un coup de tête, Dan. Il se pourrait que je vous tue pour la simple perversité cosmique du geste.
— Alors il faudrait que vous trouviez quelqu’un d’autre pour soigner le capitaine.
— Qu’est-ce que j’ai à perdre ?
Sous la mâchoire du serpent, un voyant passa du rouge au vert. La jointure de Sajaki blanchit.
— Attendez ! s’exclama Sylveste. Ne me tuez pas. Vous pensez honnêtement que j’aurais détruit la seule version existante de Cal ?
— Il y en a une autre ? fit Sajaki avec un soulagement évident.
— Oui, répondit Sylveste avec un mouvement de menton en direction de sa femme. Et elle sait où elle se trouve. Pas vrai, Pascale ?
— Tu vois, fiston, j’ai toujours su que tu étais un salaud calculateur et glacé, dit Cal, quelques heures plus tard.
Ils étaient auprès du capitaine. Sajaki avait emmené Pascale à l’écart, mais elle était revenue – avec tous les autres membres de l’équipage dont Sylveste connaissait l’existence, et l’apparition qu’il espérait ne jamais revoir.
— Une non-entité traîtresse, insupportable. Espèce de rat putride et sans cervelle !
L’apparition parlait calmement, comme un acteur récitant un texte pour juger de sa longueur, sans y apporter la moindre émotion.
— De la non-entité au rat, hein ? nota Sylveste. D’un certain point de vue, ce serait presque un progrès.