Au revoir là-haut
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Trilogie de l’entre deux-guerres #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226249678
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Au revoir là-haut». Краткое содержание книги:
Louise n’eut pas un destin très remarquable, du moins jusqu’à ce qu’on la retrouve au début des années 40.
Reste Joseph Merlin, auquel plus personne ne pensait.
Y compris vous, certainement.
Ne vous inquiétez pas : dans la vie de Joseph Merlin, c’était une constante, les gens le détestaient et, dès qu’il avait disparu, ils l’oubliaient ; lorsque quelque chose revenait à son sujet, il s’agissait uniquement de mauvais souvenirs.
Il avait passé une nuit entière à coller les coupures offertes par Henri d’Aulnay-Pradelle sur de grandes feuilles de cahier à l’aide de papier gommé. Chaque billet était un morceau de son histoire, de son échec, mais vous savez tout cela.
Après avoir rendu ce rapport explosif qui fit beaucoup pour la condamnation d’Henri, Merlin entra en hibernation, sa carrière était achevée, sa vie aussi, croyait-il. Il avait tort.
Il prit sa retraite le 29 janvier 1921. Il avait été baladé jusque-là de service en service, mais le coup qu’il avait fait au gouvernement avec son rapport et ses inspections sur les cimetières, ç’avait beau être vrai, ce n’était pas de ces choses qu’on excuse. Quel scandale ! Dans l’Antiquité, lorsqu’on punissait le porteur de mauvaises nouvelles, on le lapidait. Au lieu de quoi, lui, chaque matin, ponctuellement, se rendit au ministère. Tous ses collègues s’interrogèrent sur ce que, eux, auraient fait avec l’équivalent de dix ans de salaire ; on détesta d’autant plus Merlin qu’il n’avait pas seulement conservé vingt francs pour cirer ses grosses galoches, nettoyer sa veste pleine d’encre ou s’acheter un nouveau dentier.
Donc, le 29 janvier 1921, il fut à la rue. Retraité. Avec, vu son grade, une pension à peu près égale aux gages de Pauline dans la famille Péricourt.
Longtemps, Merlin remua le souvenir de cette nuit où il avait renoncé au pactole au profit de quelque chose de moins valorisant, mais du côté de la morale, quoiqu’il n’aimât pas les grands mots. L’affaire des soldats exhumés, une fois retraité, continua de le remuer. Il avait fallu qu’il soit retiré pour s’intéresser au monde et se mettre à lire les journaux. C’est par eux qu’il assista à l’arrestation d’Henri d’Aulnay-Pradelle et au retentissant procès de ceux qu’on appelait « les mercantis de la mort ». Il lut avec une intense satisfaction le compte rendu de sa déposition devant le tribunal qui, pourtant, ne lui rendait guère hommage, les journalistes n’avaient pas aimé ce témoin lugubre, qui présentait si mal et les bousculait sur les marches du Palais de Justice lorsqu’ils essayaient de l’interroger.
Après quoi, l’actualité passant, on se désintéressa de cette affaire.
Restèrent les commémorations, les morts, la gloire. La patrie. Merlin continua, guidé par on ne sait quel devoir, à lire les quotidiens. Il n’avait pas les moyens d’en acheter plusieurs chaque matin, aussi se rendait-il dans différents endroits, bibliothèques, cafés, halls d’hôtel, où il pouvait les consulter sans dépenser. C’est là qu’il trouva, en septembre 1925, une petite annonce à laquelle il répondit. On recrutait un gardien pour le cimetière militaire de Saint-Sauveur. Il fut reçu, montra ses états de service et fut embauché.
Pendant bien des années, si vous passiez à Saint-Sauveur, qu’il fasse beau, qu’il fasse laid, vous étiez sûr de le voir enfoncer à grands coups de galoche sa pelle dans la terre alourdie par la pluie, afin d’entretenir les parterres et les allées.