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READ-E-BOOK » Историческая проза » Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour
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Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:

Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, Jean de Pardaillan et son père Honoré vont permettre à Loïse et à sa mère Jeanne de Piennes de retrouver François de Montmorency après 17 ans de séparation. Catherine de Médicis, ayant persuadé son fils Charles IX de déclencher le massacre des huguenots, Paris se retrouve à feu et à sang. Nos héros vont alors tout tenter pour traverser la ville et fuir la vengeance de Henry de Montmorency, maréchal de Damville et frère de François…
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– Oui! Choisis! La messe ou la mort!…

– Allons-y, cousin! Allons-y tout de suite! Çà! où dit-on la messe? J’en veux tout de suite, moi!

– Et toi? reprit Charles en se tournant vers Condé.

– Moi, Sire, je choisis la mort!

Le roi fit feu.

Henri de Béarn jeta un cri d’angoisse.

Mais dans la fumée, on vit Condé debout, très calme et les bras croisés. La main de Charles tremblait à tel point que la balle avait passé à deux pieds au-dessus de la tête du jeune homme.

– Sire! clama le Béarnais, je réponds de lui. Il se convertira sous trois jours!

Mais Charles ne l’écoutait plus. Peut-être ne les voyait-il plus. L’effroyable tumulte, dans le Louvre et dans Paris, lui donnait une sorte de vertige. Son rire grinçait, plus terrible. Des lueurs plus sauvages éclataient dans ses yeux. La folie montait, folie du sang dont les odeurs âcres envahissaient sa cervelle. Il poussa une effroyable imprécation et, saisissant son arquebuse par le canon à coups de crosse il se mit à démolir la fenêtre, les vitraux tombèrent en éclats, le châssis sauta, Paris lui apparut dans un brouillard sanglant!…

Charles avait jeté son arquebuse. Il se pencha à la fenêtre et regarda avidement. L’affreuse chasse à l’homme, sur les berges de la Seine, se poursuivait comme sur tous les points de Paris. Un prêtre passa. Il levait une croix et clamait:

– Tuez! Tuez tout!…

Presque aussitôt, deux moines, colosses aux sandales gluantes de sang, se montrèrent poursuivant un groupe de femmes.

L’une d’elles fut assommée d’un coup de crucifix; une autre fut empoignée par les cheveux par le deuxième moine et jetée à terre.

Les deux moines, suivis d’une vingtaine de furieux, disparurent au tournant, en vociférant:

– Vive Jésus! Vive la messe!…

Des hommes, des enfants passaient en bondissant comme des cerfs. Un coup d’arquebuse abattait tantôt l’un, tantôt l’autre. Il y en avait qui tombaient à genoux, les mains levées vers les bourreaux. Mais des prêtres arrivaient au pas de course, et hurlaient:

– Tuez! Tuez!…

On tuait.

– Tuez! murmurait Charles. Il faut tuer! Pourquoi tuer? Ah! oui!… Guise… la messe…

Et le mot effroyable bourdonnait plus fort dans sa tête.

– Tuez! Tuez!… Il faut tuer!… Du sang! Du sang!…

Il était ivre. Il était saoul. Il tremblait. Sa tête se balançait de droite et de gauche, lentement. Il riait. Il sentait ses nerfs se tordre sous l’effort du rire. Il avait un visage épouvantable. La folie montait à la fureur.

Et tout à coup, secouant frénétiquement l’appui de la fenêtre, il eut un long hurlement de loup au fond des bois. Et la parole affreuse, en cris rauques, en râles brefs, fit explosion sur ses lèvres exsangues:

– Tuez! Tuez! Tuez!…

Alors, il bondit en arrière, saisit l’une des arquebuses. Il y en avait une quinzaine. Elles étaient toutes chargées?… qui les avait chargées?…

Et il tira.

Puis il saisit une autre arquebuse.

Et il tira.

Il tirait au hasard. Homme, femme ou enfant. Tout ce qu’il voyait passer, il tirait.

Quand il eut déchargé toutes les arquebuses, il se pencha, fou furieux, effroyable à voir, la bouche pleine de mousse, les yeux hors de la tête, les cheveux hérissés, et longuement il se mit à hurler:

– Tuez! Tuez! Tuez!…

Soudain, il se renversa en arrière, tomba, se tordit sur le plancher, la poitrine gonflée, les ongles incrustés au tapis.

Et alors, le roi de Navarre et Condé purent voir un spectacle hideux et tragique…

Là, sur ce tapis, un homme secoué de sanglots frénétiques se roulait, se cognait la tête, se labourait la poitrine à coups de griffe, et de cette loque tordue, de ces sanglots effrayants, jaillissait une sorte de plainte rauque, un cri bref, toujours le même, un cri d’agonie et de frénésie, mêlé de rires plus effrayants que les sanglots:

– Tuez!… Tuez!… Tuez!…

Et cette loque, c’était le roi de France!

Condé leva ses deux poings crispés vers le ciel comme pour une malédiction suprême. Et brusquement il sortit du cabinet. Il marcha droit devant lui, au hasard, sans essayer d’éviter les endroits où éclataient les coups d’arquebuse. Peut-être cherchait-il la mort. Par une chance du hasard, il se trouva dans un escalier désert qu’il monta et enfila un couloir où régnait un silence relatif.

Le jeune prince pleurait en marchant.

Vers le milieu du couloir, il comprit que l’angoisse et l’horreur étaient trop violentes et qu’il allait s’évanouir.

Il ouvrit la première fenêtre qui se présenta pour respirer un peu d’air.

La fenêtre donnait sur la grande cour d’honneur.

Sans doute ce que vit alors Condé lui apparut plus horrible encore, car il voulut reculer, fuir l’affreuse vision; mais ses jambes lui refusaient tout service; il demeura comme pétrifié, hypnotisé, les yeux fixés sur ce qu’il voyait.

C’était épouvantable et cela dépassait les limites des conceptions de l’horreur: ce n’était plus une réalité sinistre, mais une sorte de cauchemar réel et vivant.

Là, dans cette cour, il y avait près de deux cents cadavres, tombés au hasard, les uns en tas, les autres isolés, dans toutes les positions macabres que peut prendre la mort. La plupart de ces cadavres étaient à demi-nus, les malheureux gentilshommes ayant été surpris en plein sommeil, et n’ayant pas eu le temps de se vêtir pour fuir…

Or, de cette cour sinistre, de ce charnier abominable, montaient des éclats de rire frais et sonores, des rires féminins, des voix féminines. Des femmes, des jeunes filles allaient et venaient, vivement, d’un cadavre à l’autre. Dans la claire et radieuse matinée, sous les rayons dorés du soleil levant, avec leurs toilettes légères, toilettes d’été, toilettes de printemps, couleurs tendres, mauves et roses du satin, froufrous de la soie, on eût dit un essaim de jeunes vierges jouant dans un grand jardin…

Et elles riaient. Quand l’une poussait une exclamation: «Oh! voyez donc comme il est drôle, celui-ci!» elles accouraient toutes.

L’une d’elles, tout à coup, poussa un joli cri:

– Ah! une idée qui me vient!

Voici qu’elle était l’idée: du bout effilé de sa canne enrubannée, elle creva les yeux d’un cadavre!…

Alors, toutes, folles et gaies, rieuses, parfumées, jolies à ravir, hideuses, oh! hideuses à faire reculer d’horreur les prêtres même! Elles coururent d’un cadavre à l’autre! Pan! Juste dans cet œil! Pan! Je l’ai manqué! Recommençons!

Derrière le passage des effroyables femelles, les cadavres demeuraient sans regard avec, à la place des yeux, deux trous noirs et sanguinolents!…

XXXV ENTRÉE DE CATHO DANS LA GLOIRE

Vers l’heure où Catherine de Médicis, au balcon du Louvre, attendait le premier coup de tocsin, Catho, comme on a vu, cheminait dans la nuit que sillonnaient de lueurs falotes les lanternes des marqueurs de portes. Elle était paisible et farouche. Son âme primitive ne prévoyait ni obstacles ni dangers. C’était tout simple, ce qu’elle entreprenait!… et c’était formidable.

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