Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Et la campagne est terminée ! ! ! Enfin, ce qui n’empêcha point les journaux du soir d’annoncer pompeusement, en tête de leurs colonnes : l’Assaut et la prise du fameux marabout de Djebel-ben-Abdallah.
Voyons, ne valait-il pas mieux se taire, laisser les généraux pousser leur besogne, accomplir leur mission, terminer tranquillement cette petite campagne d’été, pas méchante, mais indispensable, dit-on, politiquement parlant, sans faire ce bruit ridicule autour de cette guerre infime ? Mais voilà : nous avons mis en mouvement la balançoire guerrière.
Une autre balançoire locale, annuelle, et terriblement fastidieuse est celle du Salon de peinture.
Ils sont un tas de gens qui s’intitulent critiques, et qui, au nom de principes d’arts qu’ils déclarent infaillibles, éternels, immuables, pondent en ce moment des articles aussi ennuyeux que longs sur un tas d’autres gens s’intitulant artistes-peintres, et reproduisant à ce titre, depuis des temps indéfinis, tous les ans, avec les mêmes couleurs, la même manière et la même médiocrité, les mêmes tableaux qu’on accroche dans le même bâtiment, et devant lesquels défile pendant un mois le même public, qui répète sans fin les mêmes choses avec la même suffisance (ou plutôt insuffisance).
Comme à toute règle il est des exceptions, il faut excepter, bien entendu, quelques critiques vraiment instruits et quelques peintres vraiment forts.
Mais il en est du Salon comme de la campagne des Kroumirs. Tout Paris s’ébranle discute, pérore, écrit, visite, contemple cette armée de toiles avec de la couleur dessus et, en fin de compte, découvre deux ou trois tableaux originaux exactement comme le général a découvert son vieux Kroumir au sommet de sa montagne.
Ainsi que tout le monde, j’ai visité le Salon : mais convaincu que je n’y ferais aucune trouvaille de valeur, je me suis bien gardé de contempler les murs ; j’ai regardé les visiteurs, et surtout les visiteuses. Elles sont si charmantes, les Parisiennes, avec leur livret à la main, leur air grave, sérieusement préoccupé, leurs mines affairées, leurs petites moues méprisantes et leurs sourires approbatifs.
Oh ! Être peintre ! Quel rêve ! Peintre aimé des dames ! Faire de la peinture élégante, amusante, à la mode ! Et vous voir sourire devant mes toiles, ô Parisiennes !
J’ai suivi les plus jolies de salle en salle, étudiant leurs goûts, écoutant indiscrètement leurs opinions, sans les partager jamais, il est vrai, mais extasié devant la grâce féminine.
Rien de plus drôle, du reste, que d’observer tout un après-midi les physionomies diverses des visiteurs du Salon.
On y voit des familles honnêtes et bornées : le père, la mère, une parente et la jeune fille, une demoiselle de seize ans qui apprend le dessin depuis trois mois, et, à ce titre, guide le jugement de la compagnie.
On s’arrête devant les scènes attendrissantes et niaises ; la jeune fille explique, nomme le peintre. A chaque portrait, la mère demande à l’autre dame, une voisine : « Ne trouvez-vous pas qu’il ressemble à M. Dumoulin ? — Oui, répond l’autre, mais il a le nez plus fort ». Tantôt c’est à Mme Picolon que ressemble le portrait, et tantôt au locataire du cinquième. Le père cligne les yeux devant les nudités et pousse le coude de la voisine. Il ne dit rien jamais. Cependant, en face d’une toile démesurée, où l’on voit une locomotive arrivant à toute vapeur sur une pauvre désespérée couchée en travers de la voie, il lâche enfin cette réflexion judicieuse : — « Si le mécanicien avait le nouveau frein des trains de ceinture, il pourrait encore arrêter à temps. Avec ce frein-là, on arrête en cent mètres. » Cette pensée navre les deux femmes, qui essuient une larme furtive.
Mais le plus beau visiteur que j’aie vu est un grand gaillard au teint brûlé, aux larges épaules, vrai gentilhomme campagnard traversant Paris entre deux chasses.
Au fond de son chapeau rond une couronne assurément coiffait ses initiales enlacées. Il avait la taille serrée dans une jaquette claire, les mains gantées de gants solides, et sous le drap du pantalon ses mollets saillants dessinaient leurs muscles. Il marchait les jambes ouvertes, en homme habitué à tenir un cheval entre ses cuisses ; sa canne flexible semblait une cravache.
A peine entré dans le salon carré, il parcourut les murs d’un regard rapide. Puis, il partit, à grands pas, l’œil fixé sur un tableau qui représentait des chevaux. Il le contempla quelque temps, sérieusement, profondément, jeta un nouveau regard autour de lui, puis passa dans la salle suivante.
Là-bas, en face de lui, des chiens de chasse. Il s’y précipita bousculant les gens ; et, le front plissé d’attention, il demeura longtemps debout en face de l’œuvre cynégétique. Mais s’étant enfin retourné, une femme nue, sur l’autre mur alluma sa face d’un sourire heureux ; et il se dirigea vivement vers ce troisième objet où le portait son cœur.
Et ainsi, de salle en salle, il parcourut l’exposition, s’arrêtant successivement devant les chevaux, les chiens et les femmes au corps dévoilé ; les couvrant d’une même attention, d’un amour égal, enfermé dans cette trinité qui contenait tous ses désirs, toutes ses aspirations, tous ses rêves.
Il ne vit rien autre chose ; et il partit à pas allongés, avec une mine satisfaite qui semblait formuler cette pensée : « C’est chic tout de même, la peinture ! »
Vraiment, vraiment, la mesure est comble et il faut que nous ayons bien perdu le sens du grotesque et la faculté du rire pour n’avoir point trépigné de gaieté depuis que les journaux nous ont apporté les détails fantastiques du débarquement de Sarah Bernhardt. « Hip, hip, hurrah ! » comme on criait sur la jetée du Havre ; jamais le cabotinage, ce vice français ; jamais l’enthousiasme déplacé, la bêtise particulière des foules, l’emballement naïf des bourgeois gobeurs, n’ont offert au monde un pareil échantillon de ridicule.
J’aime cette actrice de grand talent, mais dont le talent réside surtout en sa voix, comme ce chat des contes de fées, dont le pouvoir habitait en sa queue. Cette voix, dit-on, est d’or ; c’est là une image, je suppose, pour exprimer qu’elle en rapporte, et beaucoup, à sa propriétaire. Non pas que la délicate artiste fasse ce qu’elle veut de sa voix, à la façon de Robert Macaire, car elle ne l’emploie, au contraire, que d’une seule manière, toujours la même, dans toutes les pièces, dans tous les rôles ; mais le charme de cet organe et la séduction de la femme sont aussi toujours les mêmes, et si puissants qu’ils remplacent le reste. Voici donc une actrice d’un mérite incontestable qui cependant échoua, en partie, dans l’œuvre d’un maître, l’an dernier. La critique, bien douce pourtant, bien aimable et bien galante pour une si exquise diseuse de prose ou de vers, ayant constaté ce demi-échec, aussitôt l’actrice, prise de crise de nerfs, lâche son théâtre, ses camarades, son directeur, l’auteur et le public, abandonne son emploi, disparaît vexée, rageuse, sûre d’ailleurs de faire du bruit.
Les journaux, autres cabotins, en profitent pour raconter la couleur de ses bas, la forme de ses ombrelles, etc., etc., lui font une réclame furieuse. Alors l’idée d’en profiter lui vient, et elle commence à travers le monde un voyage artistico-commercial, débitant sa voix à tous les peuples, par tirades plus ou moins longues ; vendant la prose ou les vers de nos auteurs, marqués au timbre Sarah Bernhardt ; poussant aussi loin que possible l’industrie dramatique, de façon même à enthousiasmer les Américains, ces professeurs de réclame. Et aussitôt la voici devenue pour cette race spéciale de chauvins qui forme une partie de notre bourgeoisie, la voici devenue, dis-je, le génie de la France errant par l’Univers.