Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Tourgueneff, maintenant, habite presque toute l’année la France. Il y possède de nombreux amis : la famille Viardot, Mme Edmond Adam, M. Hébrard, directeur du Temps, les romanciers Edmond de Goncourt, Zola, Daudet, Edmond About, et bien d’autres. Gustave Flaubert l’aimait et l’admirait passionnément.
Beaucoup de nous, sans doute, l’ont rencontré sans le connaître. Comme il adore la musique et en écoute le plus souvent, possible, les habitués du concert Colonne remarquent chaque hiver une sorte de géant à barbe blanche et à longs cheveux blancs, avec une figure de Père éternel, des gestes calmes, un œil tranquille derrière le verre de son pince-nez, et toute une allure d’homme supérieur, ce je ne sais quoi qui n’est point la distinction dite aristocratique, ni l’aplomb du diplomate, mais une sorte de dignité simple, la sérénité du talent. Il est modeste, d’ailleurs, plus que la plupart des écrivains français. On croirait même qu’il s’efforce de ne jamais faire parler de lui.
Une femme du monde des plus en vue donnait dernièrement une soirée qui fit du bruit et où deux voyageurs spirituels, l’un parlant, l’autre dessinant avec talent, exposèrent la vie au Japon, à la foule de spectateurs et d’auditeurs réunis autour d’eux.
Le Japon est à la mode. Il n’est point une rue dans Paris qui n’ait sa boutique de japonneries ; il n’est point un boudoir ou un salon de jolie femme qui ne soit bondé de bibelots japonais. Vases du Japon, tentures du Japon, soieries du Japon, jouets du Japon, porte-allumettes, encriers, services à thé, assiettes, robes même, coiffures aussi, bijoux, sièges, tout vient du Japon en ce moment. C’est plus qu’une invasion, c’est une décentralisation du goût ; et le bibelot japonais a pris une telle importance, nous arrive en telle quantité, qu’il a tué le bibelot français. C’est tant mieux, d’ailleurs, car tous les riens charmants qu’on fabriquait en France, autrefois, n’existent plus qu’à l’état d’ « antiquités » ; et Paris lui-même ne produit guère aujourd’hui que des menus objets hideux, maniérés, peinturlurés. Pourquoi ? Dira-t-on. Ah ! Pourquoi ? Cela tient sans doute à ce que le fabricant produit ce qui se vend, répond toujours au goût du plus grand nombre d’acheteurs. Or, l’ascension continue des couches nouvelles amène sans cesse à la surface un flot de populaire travailleur, mais peu artiste. Une fois la fortune faite, on se meuble, et le goût, ce flair des races fines, manquant totalement à notre société utilitaire et lourdaude, on voit s’étaler en des salons millionnaires une foule d’objets à faire crier, toute la hideur d’ornementation qui séduit infailliblement les sauvages et les parvenus d’hier, dont les descendants seuls, dans un siècle ou deux, auront acquis la finesse nécessaire pour distinguer, pour comprendre la grâce exquise des petites choses.
L’œuvre véritable, produit de quelques rares génies que la bêtise ambiante ne peut atteindre, se manifeste en dehors de toute influence de mode ou d’époque.
Mais le bibelot, ce menu mobilier d’étagère, objet de vente courante, subit toutes les modifications du goût général. Or, le commun, en ce moment, règne et triomphe dans la société française, et ceux en qui reste encore un peu de la finesse ancienne, ne trouvant dans les magasins que des objets appropriés à la paysannerie universelle, se sont rejetés sur le bibelot japonais, charmant, fin, délicat, et bon marché. Cette invasion, cette domination du commun, fatale dans toute république appuyée sur le plus grand nombre, et non sur la supériorité intellectuelle, a fait de nous un peuple riche sans élégance, industrieux sans esprit ni délicatesse, puissant sans supériorité. Et voilà maintenant que le dernier refuge du « joli », le Japon lui-même, suprême espoir des collectionneurs, se met à prendre nos mœurs, nos coutumes, nos vêtements, car Yeddo sera bientôt pareille à quelque sous-préfecture de Seine-et-Oise. Alors, adieu les costumes de soie brodée, les choses délicieusement fines et charmantes, la grâce dans les riens, tout ce qu’on pourrait nommer le « bibelot spirituel ».
Oui, le Japon s’embourgeoise ; et il a tort, car l’habit noir sied mal aux petits Japonais en pain d’épice. Mais, si le Japon perd son originalité, si ses habitants deviennent des Orientaux des Batignolles, avec tramways, ulsters et gibus, leurs voisins du moins, les Chinois, nous restent, inassiégeables dans leur immobilité, revenus du progrès depuis que leurs ancêtres, contemporains d’Abraham, ont découvert la boussole, l’imprimerie, le phonographe peut-être, et, dit-on, la vapeur. Ils détruisent les chemins de fer en construction, et, rebelles à nos mœurs, à nos lois, à nos usages, méprisant notre activité, nos productions et nos personnes, ils continuent et continueront jusqu’à la fin des siècles à vivre comme ont vécu leurs aïeux, et à fabriquer ces merveilleuses potiches, les plus belles qui soient.
La Chine est le mystère du monde. Quelle fatalité l’étreint, quelle loi inconnue et toute-puissante a pétrifié ce peuple qui savait ce que nos savants découvrent aujourd’hui, en des temps où nos pères bégayaient encore des langues informes, sans grammaire et sans écriture ? Qu’importent les Japonais, médiocres imitateurs de l’Europe ! Leur idéal à tous est de devenir ingénieurs, rêve commun depuis M. Scribe. Mais un poète a fait dire au Chinois :
Cette ambition modeste des quatre rubis et du bouton d’or, n’est-elle point celle du vrai sage ?
Aussi bien on nous racontait, l’autre jour, l’histoire du théâtre au Japon. Le théâtre en Chine n’est pas moins intéressant.
Comme les mœurs de ce peuple étrange, il n’a point varié depuis des siècles, et les pièces qui ravissent d’aise les mandarins à bouton d’or ravissaient jadis leurs pères ainsi que les pères de leurs pères.
Le spectacle a lieu généralement en des édifices mobiles qu’on monte et démonte avec rapidité, et le luxe d’ornementation, la richesse de la mise en scène, la variété des décors sont complètement inconnus dans le grand empire du Milieu.
Le centre de la salle qui correspond à notre parterre est gratuit. Y vient qui veut. Quand donc aurons-nous aussi des places gratuites à la disposition du public pauvre et lettré, dans les théâtres subventionnés ! Ô République démocratique !
La police de la porte est faite en Chine par des officiers de police armés de fouets ; et quand la foule houleuse et compacte empêche d’approcher les litières des belles Chinoises de qualité, il suffit à l’homme de faire siffler sa souple lanière pour qu’un passage s’ouvre aussitôt.
Les pièces représentées ressemblent beaucoup à nos romans du Moyen Age. Des dames enfermées en des tours de porcelaine sont délivrées par des chevaliers qui se livrent d’effrayants combats ; et le mariage a lieu au milieu des tournois, des divertissements et des fêtes.