Chroniques
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #38
- Язык: французский
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Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:
Elle dit, en vingt endroits différents de ses lettres : « Je songe donc uniquement à augmenter mon bien par quelques profits. Comme je n’ai nulle ambition d’être connue je ne le serai point... » – Et, un peu plus tard : « Et puis, voyez l’étrange chose, la littérature devient une passion... Vous vous trompez pourtant si vous croyez que l’amour de la gloire me possède. J’ai le désir de gagner quelque argent. »
« J’ai au moins le bonheur d’être tout à fait étrangère à la littérature et de la traiter comme un gagne-pain. »
C’est donc la nécessité seule qui l’a faite artiste, et non l’éclosion normale du talent qui perce et grandit, malgré tous les obstacles, quand sa graine mystérieuse a été jetée dans un être.
Mais c’est peut-être seulement dans son sexe qu’il faut chercher la cause de cette indifférence pour l’art lui-même. De toutes les passions, l’amour de l’art pour l’art est assurément la plus désintéressée. A côté du désir très légitime de gagner de l’argent, à côté du besoin tout naturel de renommée, l’artiste aime et doit aimer frénétiquement ce qu’il enfante. Aux heures de production, il ne songe ni à l’or ni à la gloire, mais à l’excellence de son œuvre. Il frémit aux trouvailles qu’il fait, s’exalte, comme hors de lui-même, devenu une sorte de machine intellectuelle à produire le beau, et il aime son ouvrage uniquement parce qu’il le croit bien.
Or il est à remarquer que dans ses lettres George Sand oppose souvent l’idée de l’argent à l’idée de gloire, mais jamais à l’idée d’art.
Il est en outre une observation constante à faire chez toutes les femmes, c’est qu’elles sont obstinément fermées à tout sentiment qui ne les intéresse pas directement.
Jamais elles ne peuvent être juge impartial d’une chose ou d’une idée, se soustraire à leurs tendances, à leurs affections, à leurs sympathies ou à leurs antipathies, pour apprécier quoi que ce soit avec une complète indifférence. Une chose leur plaît ou ne leur plaît pas, les séduit ou les repousse ; mais toujours leur personnalité persiste invinciblement, et jamais elles ne pourront sortir d’elles-mêmes pour déclarer beau ce qui choque leur nature ou même ce qui ne s’adresse en rien à leur personne, à leurs croyances, ou à leurs intimes sentiments.
L’au-delà d’elles-mêmes leur est étranger. Elles sont, en un mot, passionnelles, inconsciemment mais constamment personnelles, enfermées en elles-mêmes, condamnées à elles-mêmes.
Eh bien, dans ces cent quarante lettres de George Sand, jamais on ne trouve une ligne qui ne se rapporte à des choses personnelles. Jamais d’envolement dans les ides pures, jamais de réflexions étrangères à elle ou à ses amis ; jamais elle n’est sortie d’elle-même une minute, pour devenir un simple esprit qui voit, rêve, raisonne et parle, sans croyances préconçues et sentiments intéressés.
Elle ne semble même pas avoir connu cette sensation singulière et puissante de cesser d’être soi pour devenir ce qu’on écrit, pour revivre dans un personnage rêvé. Et quand, épuisée de fatigue après un jour de travail, elle s’adresse à ses amis, elle se plaint presque : « J’attendrai pour cela un jour où j’aurai de l’âme, un jour où je serai Othello. Pour aujourd’hui je suis chien... J’ai mis tout ce que j’avais de cœur et d’énergie sur des feuilles de papier Weyneu ; mon âme est sous presse, mes facultés sont dans la main du prote. Infâme métier ! Les jours où je le fais, il ne me reste plus rien le soir. »
Une femme, la passion toujours la domine et lui fait proclamer parfois de singulières choses : « Il est bien vrai que le roi Louis-Philippe est l’ennemi de l’humanité », dit-elle. Le roi d’Yvetot ne l’était-il pas autant ? Elle écrit à son fils : « Mais, à mesure que tu grandiras, tu réfléchiras aux conséquences des liaisons avec les aristocrates. » Elle écrit à la comtesse d’Agoult (Daniel Stern) : « Il faut que vous soyez, en effet ; bien puissante pour que j’aie oublié que vous êtes comtesse. » Voilà la femme avec ses petitesses et ses préjugés.
Puis, soudain, un de ses amis se mariant : « Vous vous mariez, mon bon camarade. Le bien et le mal n’existant pas par eux-mêmes, et le bonheur, comme le malheur, étant dans l’idée qu’on s’en fait, vous vous croyez content, donc vous l’êtes. »
Voilà l’esprit large et libre.
Elle écrit à un autre ami : « Le mariage est un état si contraire à toute espèce d’union et de bonheur, que j’ai peur avec raison. »
Et à un autre, qui était saint-simonien : « Un jour, vous ne croirez plus à aucune secte religieuse, à aucun parti politique, à aucun système social. »
Mais ces élans d’indépendance ne durent guère, et toujours on la sent combattue, tiraillée entre les besoins de liberté de son intelligence et les besoins de foi de la femme, foi en quelque chose, en quelqu’un, foi dans la religion ou dans la Révolution.
Et, comme tous les grands esprits, toujours aussi on la voit découragée, écœurée, révoltée, blessée par l’égoïsme, l’étroitesse, l’intolérance et l’éternelle bêtise des hommes. « Voyez-vous, dit-elle souvent, l’espèce humaine est mon ennemie. »
Notes d’un démolisseur
(Gil Blas, 17 mai 1882)
Ô barbouilleurs, enlumineurs, gâcheurs de petits pinceaux, fabricants de niaiseries en couleur, peintres, quand nous débarrassera-t-on de vos concours à images ? Quel bruit vous faites, quelle turbulence vous avez, comme vous êtes, en général, médiocres, grâce au Salon, stimulant vos efforts pour plaire aux sots qui achètent, aux ministres ignorants qui décorent, et aux puissants jurés qui donnent des médailles !
La médaille est le but, vous vous faites petits garçons pour l’avoir ; et vous badigeonnez de petits sujets, avec un tout petit talent, pour aller sur les petits panneaux des petits salons des petits bourgeois qui ont le sac. Après quoi vous vous faites bâtir de petits hôtels avec de grands ateliers où vous débitez votre petite marchandise, petits artistes !
Beaucoup de vous ont du talent, pourtant, mais bien peu l’osent montrer ouvertement ; il faut vendre sa pacotille. M. Harpignies, M. Manet, M. Puvis de Chavannes, M. Gustave Moreau ont-ils jamais songé à la médaille et à la vente ?
Oh ! Qui nous débarrassera du Salon, scie annuelle, éteignoir des personnalités, grand bazar où trafique la juiverie d’art ?
Sans ce concours, sans ces croix, que de peintres soudain se révéleraient personnels et libres, sans doute ! La nécessité d’être médaillé, décoré, les étreint et les comprime, espérons-le.
Plus de Salon, dira-t-on. Mais comment les amateurs connaîtraient-ils les toiles ?
Eh ! Pourquoi une exposition ne serait-elle pas ouverte, d’un bout à l’autre de l’année, où l’on irait à son gré, où chaque peintre pourrait montrer tout ce qu’il fait, varier ses envois, se révéler vraiment, par des études originales et franches, par toutes les libres manifestations de son pinceau, sans s’en tenir, comme aujourd’hui, à ces morceaux de concours devant qui défile le public. Pourquoi ces prix de mérite ? Êtes-vous donc des écoliers ? Les médailles supprimées feront pousser les vrais artistes. L’exposition permanente mettrait sous les yeux de la foule toutes vos œuvres, l’une après l’autre, comme aux vitrines des libraires sont étalés des livres, toute l’année.