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Mademoiselle Fifi – Édition illustrée

Электронная книга - «Mademoiselle Fifi – Édition illustrée». Краткое содержание книги:

La nouvelle qui donne son titre au recueil, est une des plus connues de Maupassant. Le château d'Uville est occupé par cinq officiers prussiens. Parmi eux, «un tout petit blondin fier et brutal», surnommé Mademoiselle Fifi à cause de son allure féminine. Le saccage du luxueux château ne parvenant pas à tromper l'ennui, on décide d'organiser une petite fête avec des dames de Rouen. Elles arrivent, ces cinq «filles à plaisir», dont Rachel, «une brune toute jeune, à l'œil noir comme une tache d'encre». Elle échoit en partage à Mademoiselle Fifi, qui la brutalise, «saisi d'une férocité rageuse, travaillé par son besoin de ravage». Au moment des toasts, les Allemands insultent les Français vaincus, et surtout les Françaises, qu'ils déclarent toutes leur propriété. Rachel se révolte alors…
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Je ne pus m’empêcher de rire:

«Pourquoi ça, puisque tu viens ici?»

Elle reprit, en me parlant dans la bouche, me jetant son haleine chaude au fond de la gorge, mouillant ma moustache de son souffle: «C’est pour me faire un souvenir.» – Et l’r de souvenir traîna longtemps avec un fracas de torrent sur des roches.

Je ne saisissais point son idée. Elle passa ses mains à mon cou.

«Quand tu ne seras plus là, j’y penserai. Et quand j’embrasserai mon mari, il me semblera que ce sera toi.»

Et les rrrai et les rrra prenaient en sa voix des grondements de tonnerres familiers.

Je murmurai, attendri et très égayé:

«Mais tu es folle. J’aime mieux rester chez moi.»

Je n’ai, en effet, aucun goût pour les rendez-vous sous un toit conjugal; ce sont là des souricières où sont toujours pris les imbéciles. Mais elle me pria, me supplia, pleura même, ajoutant: «Tu verras comme je t’aimerai.» T’aimerrrai retentissait à la façon d’un roulement de tambour battant la charge.

Son désir me semblait tellement singulier que je ne me l’expliquais point; puis, en y songeant, je crus démêler quelque haine profonde contre son mari, une de ces vengeances secrètes de femme qui trompe avec délices l’homme abhorré, et le veut encore tromper chez lui, dans ses meubles, dans ses draps.

Je lui dis:

«Ton mari est très méchant pour toi?»

Elle prit un air fâché.

«Oh! non, très bon.

– Mais tu ne l’aimes pas, toi?»

Elle me fixa avec ses larges yeux étonnés.

«Si, je l’aime beaucoup, au contraire, beaucoup, beaucoup, mais pas tant que toi, mon cœurrr.»

Je ne comprenais plus du tout, et comme je cherchais à deviner, elle appuya sur ma bouche une de ces caresses dont elle connaissait le pouvoir, puis elle murmura:

«Tu viendras, dis?»

Je résistai cependant. Alors elle s’habilla tout de suite et s’en alla.

Elle fut huit jours sans se montrer. Le neuvième jour elle reparut, s’arrêta gravement sur le seuil de ma chambre et demanda:

«Viendras-tu ce soir dorrrmirrr chez moi? Si tu ne viens pas, je m’en vais.»

Huit jours, c’est long, mon ami, et, en Afrique, ces huit jours-là valaient bien un mois. Je criai: «Oui» et j’ouvris les bras. Elle s’y jeta.

Elle m’attendit, à la nuit, dans une rue voisine, et me guida.

Ils habitaient près du port une petite maison basse.

Je traversai d’abord une cuisine où le ménage prenait ses repas, et je pénétrai dans la chambre blanchie à la chaux, propre, avec des photographies de parents le long des murs et des fleurs de papier sous des globes. Marroca semblait folle de joie; elle sautait, répétant: «Te voilà chez nous, te voilà chez toi.»

J’agis, en effet, comme chez moi.

J’étais un peu gêné, je l’avoue, même inquiet. Comme j’hésitais, dans cette demeure inconnue, à me séparer de certain vêtement sans lequel un homme surpris devient aussi gauche que ridicule, et incapable de toute action, elle me l’arracha de force et l’emporta dans la pièce voisine, avec toutes mes autres hardes.

Je repris enfin mon assurance et je lui prouvai de tout mon pouvoir, si bien qu’au bout de deux heures nous ne songions guère au repos, quand des coups violents frappés soudain contre la porte nous firent tressaillir; et une voix forte d’homme cria: «Marroca, c’est moi.»

Elle fit un bond: «Mon mari! Vite, cache-toi sous le lit.» Je cherchais éperdument mon pantalon; mais elle me poussa, haletante: «Va donc, va donc.»

Je m’étendis à plat ventre et me glissai sans murmurer sous ce lit, sur lequel j’étais si bien.

Alors elle passa dans la cuisine. Je l’entendis ouvrir une armoire, la fermer, puis elle revint, apportant un objet que je n’aperçus pas, mais qu’elle posa vivement quelque part; et, comme son mari perdait patience, elle répondit d’une voix forte et calme: «Je ne trrrouve pas allumettes»; puis soudain: «Les voilà, je t’ouvrrre.» Et elle ouvrit.

L’homme entra. Je ne vis que ses pieds, des pieds énormes. Si le reste se trouvait en proportion, il devait être un colosse.

J’entendis des baisers, une tape sur de la chair nue, un rire; puis il dit avec un accent marseillais: «Zé oublié ma bourse, té, il a fallu revenir. Autrement, je crois que tu dormais de bon cœur.» Il alla vers la commode, chercha longtemps ce qu’il lui fallait; puis Marroca s’étant étendue sur le lit comme accablée de fatigue, il revient à elle, et sans doute il essayait de la caresser, car elle lui envoya, en phrases irritées, une mitraille d’r furieux.

Les pieds étaient si près de moi qu’une envie folle, stupide, inexplicable, me saisit de les toucher tout doucement. Je me retins.

Comme il ne réussissait pas en ses projets, il se vexa. «Tu es bien méçante aujourd’hui», dit-il. Mais il en prit son parti. «Adieu, pétite.» Un nouveau baiser sonna; puis les gros pieds se retournèrent, me firent voir leurs gros clous en s’éloignant, passèrent dans la pièce voisine; et la porte de la rue se referma.

J’étais sauvé!

Je sortis lentement de ma retraite, humble et piteux, et tandis que Marroca, toujours nue, dansait une gigue autour de moi en riant aux éclats et battant des mains, je me laissai tomber lourdement sur une chaise. Mais je me relevai d’un bond; une chose froide gisait sous moi, et comme je n’étais pas plus vêtu que ma complice, le contact m’avait saisi. Je me retournai.

Je venais de m’asseoir sur une petite hachette à fendre le bois, aiguisée comme un couteau. Comment était-elle venue à cette place? Je ne l’avais pas aperçue en entrant.

Marroca, voyant mon sursaut, étouffait de gaieté, poussait des cris, toussait, les deux mains sur son ventre.

Je trouvai cette joie déplacée, inconvenante. Nous avions joué notre vie stupidement; j’en avais encore froid dans le dos, et ces rires fous me blessaient un peu.

«Et si ton mari m’avait vu?» lui demandai-je.

Elle répondit: «Pas de danger.

– Comment! pas de danger. Elle est raide celle-là! Il lui suffisait de se baisser pour me trouver.»

Elle ne riait plus; elle souriait seulement en me regardant de ses grands yeux fixés, où germaient de nouveaux désirs.

«Il ne se serait pas baissé.»

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