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L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]

Электронная книга - «L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]». Краткое содержание книги:

Bien que faits et signes ne cessent de confirmer la devise de Winterfell, « l’hiver vient », le royaume des Sept Couronnes affecte toujours d’ignorer la fin de l’été pour se consacrer plus commodément à ses querelles, vindictes, ambitions. Pendant que Rob Stark poursuit ses campagnes sanglantes dans l’ouest, que Port-Réal vit dans la hantise du siège imminent, que la guerre se répand jusqu’à Winterfell grâce aux menées des Greyjoy, eux-mêmes divisés, s’amoncellent au-delà du Mur des forces obscures et malfaisantes.
Mais contrairement aux apparences, Bran, le jeune fils du défunt maître de Winterfell, n’est pas mort, pas plus que n’est anéantie l’indomptable forteresse, prête à renaître de ses cendres…
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— Vous avez juré. Les dieux vous ont entendu jurer.

— Les dieux ont entendu. » Dans sa main venait subitement d’éclore un couteau dont la lame était aussi fine que le petit doigt d’Arya. A qui, d’elle ou de lui, le destinait-il ? impossible à dire… « Une petite va se désoler. Une petite va perdre son unique ami.

— Vous n’êtes pas mon ami. Un ami ne demanderait qu’à m’aider. » Elle s’écarta de lui, oscilla sur la pointe des pieds, au cas où il lancerait le couteau. « Jamais je ne tuerais un ami. »

Un sourire effleura les lèvres de Jaqen et s’évanouit. « Une petite pourrait alors… nommer un autre nom, si un ami aidait ?

— Une petite pourrait, dit-elle. Si un ami aidait. »

Le couteau disparut. « Viens.

— Maintenant ? » Elle n’avait pas une seconde envisagé qu’il agirait si promptement.

« Un homme entend chuinter le sable dans un verre. Un homme ne dormira pas tant qu’une petite n’aura pas dédit certain nom. Maintenant, méchante enfant. »

Je ne suis pas une méchante enfant, nia-t-elle mentalement, je suis un loup-garou et le fantôme d’Harrenhal. Elle alla déposer le bâton de bruyère dans sa cachette et suivit Jaqen hors du bois sacré.

En dépit de l’heure, Harrenhal s’activait d’une vie incongrue. L’arrivée de Varshé Hèvre avait bouleversé toutes les routines. Chars à bœufs, bœufs, chevaux, tout avait débarrassé la cour, mais la cage à l’ours s’y trouvait encore. On l’avait suspendue par de lourdes chaînes à la voûte du ponceau qui reliait le poste extérieur au poste médian, et elle s’y balançait à quelques pieds du sol. Un cercle de torches en illuminait les parages. Des garçons d’écurie décochaient des pierres au fauve afin de le faire rugir et gronder. A l’autre extrémité, des flots de lumière se déversaient par la porte de la salle des Garnisaires, ainsi que le fracas des chopes et les beuglements de soudards réclamant du vin. Entonnés par une douzaine de voix dans un idiome guttural fusèrent des couplets qu’Arya trouva passablement barbares.

Ça picole et s’empiffre avant d’aller pioncer, saisit-elle soudain. Qu’il ait envoyé quelqu’un me réveiller pour aider au service, et Zyeux-roses apprendra que j’ai découché. Elle se rassura vaille que vaille. Il devait s’affairer à abreuver les Braves Compaings et ceux des bougres de ser Amory qui s’étaient joints à eux. Le tapage que tout ça faisait le distrairait bien…

« Les dieux affamés se repaîtront de sang, cette nuit, si un homme fait cette chose, dit Jaqen. Douce petite, gente et gentille. Dédis un nom et dis un autre et dissipe ce mauvais rêve.

— Non.

— Soit. » D’un air résigné. « La chose sera faite, mais une petite doit obéir. Un homme est trop pressé pour bavarder.

— Une petite obéira, promit-elle. Que dois-je faire ?

— Cent ventres ont faim, leur faut manger, messire commande une soupe chaude. Une fille court aux cuisines dire à son mitron.

— Soupe, répéta-t-elle. Où serez-vous ?

— Une fille aide à faire soupe et attend aux cuisines qu’un homme vienne la chercher. Va. Cours. »

Tourte défournait ses pains quand elle entra en trombe, mais il n’était plus seul. On avait réveillé les cuistots en faveur de Varshé Hèvre et ses Pitres Sanglants. Des serviteurs emportaient déjà des corbeilles entières de miches et de tartelettes, le coq en chef découpait des tranches de jambon froid, des tournebroches rôtissaient des lapins que des fouille-au-pot tartinaient de miel, des femmes apprêtaient carottes et oignons. « Te faut quelque chose, Belette ? demanda le coq en l’apercevant.

— De la soupe, déclara-t-elle. Messire veut de la soupe. »

Il branla sèchement son couteau vers les marmites de fer noir accrochées au-dessus des flammes. « Et c’est quoi, ça, tu crois ? Quoique j’aimerais mieux y pisser dedans que la servir à cette chèvre ! Peut même pas laisser les gens dormir une bonne nuit… » Il cracha. « Bon, t’inquiète, détale et dis-y que ça se bouscule pas, les marmites, comme y s’imagine.

— Je dois attendre qu’elle soit prête.

— Déblaie le passage, alors. Ou plutôt, tiens, rends-toi utile. File à l’office, Sa Chèvreté va vouloir en plus du beurre et du fromage. Tire Pia du plumard, et dis-y bien de se grouiller, pour une fois, si ça la tente pas, de perdre ses deux pieds. »

Elle prit ses jambes à son cou. Loin de dormir, dans sa soupente, Pia geignait sous l’un des Pitres, mais elle ne fut pas longue à se rhabiller quand retentirent les appels d’Arya. Elle emplit six paniers de potées de beurre et de grosses formes enveloppées de linge et qui empestaient. « Maintenant, tu m’aides à les porter.

— Je ne peux pas. Mais tu feras bien, toi, de te dépêcher, ou Varshé Hèvre te prendra ton pied. » Et de détaler avant que Pia ne puisse l’attraper. Au fait, s’étonna-t-elle tout en courant, comment se faisait-il qu’aucun des captifs n’eût les mains ni les pieds coupés ? Peut-être que Varshé Hèvre avait peur de mettre Robb en colère. Quoiqu’il fût, semblait-il, du genre à n’avoir peur de personne.

Elle retrouva Tourte touillant les marmites, armé d’une longue cuillère de bois. Elle en saisit une aussi et entreprit de le seconder. Le mettre au courant ? Elle hésita un bon moment puis, au souvenir du village, décida que non. Il ne ferait que se re-rendre.

Au même instant la pétrifia l’abominable voix de Rorge. « Coq ! tonna-t-il, on vient prendre ta putain de soupe ! » Consternée, Arya lâcha sa cuillère. Je n’avais pas dit de les amener. Rorge arborait le heaume de fer dont le nasal dissimulait à demi le trou de sa trogne. Jaqen et Mordeur le suivaient.

« La putain de soupe est putain pas prête, riposta le chef. Faut qu’elle mijote. On vient juste d’y mettre les oignons, et…

— La ferme, ou c’ ton cul qu’ j’embroche, et on t’emmielle un tour ou deux, vu ? J’ dit : la soupe, et j’ dit : main’nant. »

Avec un de ses sales sifflements, Mordeur arracha directement de la broche une poignée de lapin saignant et, les doigts dégoulinants de miel, la déchiqueta de ses dents pointues.

Le chef s’avoua vaincu. « Prenez votre putain de soupe, alors, mais si ça bêle qu’elle est dégueulasse, démerdez-vous. »

Tandis que Mordeur se pourléchait le gluant des pattes, Jaqen H’ghar enfilait de grosses moufles matelassées puis en tendait une paire à Arya. « Une belette va aider. » La soupe était bouillante, lourdes les marmites. Ils en empoignèrent une à eux deux, Rorge en prit une autre, et Mordeur deux de plus, non sans siffler comme une brute au contact des anses brûlantes, mais sans les lâcher, pourtant. Ainsi vidèrent-ils les cuisines et, ployant sous leurs fardeaux, se dirigèrent vers la tour de la Veuve. Deux hommes en gardaient la porte. « C’est quoi ? demanda l’un à Rorge.

— Du bouillon d’ pissat, t’en veux ? »

Jaqen eut un sourire désarmant. « Un prisonnier, ça mange aussi.

— Mais on nous a rien dit de…

— C’est pour eux, coupa Arya, pas pour vous. »

Le second garde acquiesça d’un geste. « Allez-y, alors. »

A l’intérieur, un colimaçon plongeait vers les entrailles de la tour. Rorge ouvrit la marche, Jaqen et Arya la fermaient. « Une petite s’en mêle pas », souffla-t-il.

L’escalier débouchait sur un long caveau voûté de pierre aveugle, humide et ténébreux. Quelques torches fichées dans des appliques éclairaient tant bien que mal au premier plan plusieurs des hommes de ser Amory qui, assis autour d’une table de bois grossière, bavardaient en tapant le carton. Une grille de fer massive les séparait des captifs qui grouillaient dans le noir, au fond. L’odeur de la soupe en agrippa des grappes aux barreaux.

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