Les morsures de l'ombre
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les morsures de l'ombre». Краткое содержание книги:
Remarque blessante. Mais il encaisse sans sourciller. Il hésite une seconde à s’avancer. Encore un piège ? Tant pis.
Il s’approprie le butin, l’emporte au fond de sa tanière, avant qu’elle ne change d’avis. Il enfile son jean, son pull. Se rassoit bien vite. De moins en moins capable de tenir debout. Soixante-douze heures de jeûne, maintenant.
— Tu n’oublies pas quelque chose, Benoît ?
Évidemment. Comment a-t-il pu se montrer aussi imprudent ?!
— Merci, murmure-t-il du bout des lèvres.
— Bien… Je vois que tu es en progrès ! Je t’ai apporté autre chose aussi…
Elle récupère une tasse qu’elle avait posée sur la chaise, lui tend entre deux barreaux. De plus en plus surprenant.
— Je t’ai mis deux sucres, comme tu aimes.
Elle sait même combien de sucres il met dans son café ? Incroyable…
Il la rejoint à la frontière. La tasse est pleine, cette fois. Ou alors, il en est au stade des hallucinations, peut-être…
Il a tellement peur que le précieux breuvage s’évapore, qu’il descend le contenu du mug d’un trait. Bonheur suprême dans le vide astral de ses entrailles.
Il la remercie à nouveau. Si c’est le moyen de cesser d’avoir froid, il est prêt à la remercier des centaines de fois par jour.
D’ailleurs, ce qu’il est prêt à concéder l’effraie d’avance.
Il se sent capable de ramper, ou pire.
Lui qui se croyait fort s’aperçoit qu’il n’est plus grand-chose face à une simple jeune femme. Qui détient tout de même les pleins pouvoirs… Qui a pris une option sur sa vie.
Elle s’installe sur sa chaise, lui sur sa couverture. Un clébard, oui. Qui écoute attentivement sa maîtresse.
Léger écœurement.
— Pourquoi t’as choisi d’entrer dans la police ?
— Euh… J’avais envie d’un boulot qui ne soit pas routinier… Et puis c’était pour défendre certaines valeurs, aussi…
Il réalise qu’il n’a même pas songé une seconde à lui rétorquer de se mêler de ses fesses.
Elle a raison, il progresse. Lentement mais sûrement. Vers la lâcheté.
— Quelles valeurs ?
— Celles de la justice…
— La justice, bien entendu !
Il se sent bizarre, tout à coup. La tête lui tourne un peu. Alors qu’il est sagement assis. Certainement l’effet du café chaud. Ou du sucre. Douce sensation d’ébriété.
— Tu as raison ! Ça doit être un métier passionnant.
— Pas toujours. Il y a beaucoup de galères, mais…
— Beaucoup d’échecs, aussi. Lorsque vous ne trouvez pas le coupable, par exemple.
— C’est vrai. Ça fait partie du métier.
— Tous ces assassins qui courent encore dans la nature, que vous n’avez jamais coincés…
— Personne n’est parfait !
— Sûr, personne n’est parfait… Tu as souvent échoué, Benoît ?
— Non, pas tant que ça. Et toi ? Que fais-tu dans la vie ? A part séquestrer les flics, bien sûr !
— Je n’ai plus de vie.
Il reste un instant sans voix.
— Plus de vie ? Ça veut dire quoi ?
— Ça veut dire que je suis morte, déjà…
— Morte ? répète-t-il doucement.
— Oui, morte. Quelqu’un m’a tuée… Il faut que je te laisse, maintenant.
Chapitre 5
Le jour se dilue lentement dans les ramures crépusculaires.
La douche glacée, Benoît n’est pas prêt de l’oublier. Mais il se sent mieux, désormais. Plus propre et surtout, plus digne.
Il est en chemise, garde le pull pour les heures plus froides. Car, bien entendu, elle ne lui a pas rendu son manteau.
Affalé sur sa couverture, il rêve. D’un bain chaud, des bras de Gaëlle. Mais essentiellement d’un steak frites. Mort de faim. C’est le cas de le dire.
Combien de temps peut-on rester sans manger ?
Une quarantaine de jours, paraît-il. Si on a de l’eau et qu’on évite de bouger. De toute façon, bouger, il ne pourra bientôt plus.
Elle va revenir, ce soir. Il le sait. Peut-être même pas-sera-t-elle la nuit à l’observer. A le regarder dépérir lentement tout en lui faisant la conversation. En badinant. Quelqu’un m’a tuée…
Pas assez fort, alors ! Parce qu’elle est encore bien en vie, malheureusement pour lui.
Qu’a-t-elle voulu dire par là ? Quelqu’un lui a fait du mal, mais ça ne peut pas être moi…
Alors, pourquoi s’acharner ainsi sur lui ? Simplement parce qu’il est flic ?
Tous ces assassins qui courent encore dans la nature, que vous n’avez jamais coincés…
Peut-être a-t-elle perdu un proche, et que la police n’a pas arrêté l’assassin ?
Peut-être que j’étais chargé de l’enquête ?…
Dans ce cas, je la connaîtrais forcément… ça ne colle pas.
Non, tout ça, c’est simplement parce qu’elle est givrée. Qu’elle m’a croisé au commissariat et s’est dit tiens, si je butais ce type ?
Si je le laissais crever de faim dans ma cave ?
Délirant. Douloureusement délirant.
La porte du haut annonce la visite du soir. Benoît ouvre les yeux sur l’ampoule feignante suspendue au plafond. Voit ses jambes descendre les marches. Elle est en jupe, ce soir. Avec des bas noirs.
Mais il n’en a vraiment rien à foutre.
La silhouette apparaît derrière les barreaux. Il se redresse un peu, s’adosse au mur.
— Bonsoir, Benoît. Je vois que tu t’es rasé, c’est bien ! Oh, mais… tu t’es coupé, on dirait !
Pas à dire, elle est observatrice.
— Tu as pris une douche ?
— Pourquoi ? Tu voulais la prendre avec moi ?!
— Bizarre que tu essaies encore !
— Quoi ?
— Ton numéro de don Juan ! Tu n’as pas compris que sur moi ça ne marchera pas ? Ou alors… C’est la seule défense que tu as trouvée !
— Que veux-tu, chère Lydia, je me bats avec les armes qui me restent !… Toi, tu as un flingue et les clefs de cette putain de grille… Et moi, j’ai quoi ?
— Plus rien.
— Ouais… Presque plus rien… Il me reste un cerveau pour réfléchir, tout de même. Un peu d’espoir et une dizaine de potes qui sacrifient leurs nuits pour me chercher ! Il me reste aussi une femme et un fils qui m’aiment et m’attendent… Tu vois, il me reste encore pas mal de choses… Et toi, Lydia ? Quelqu’un t’attend ? Quelqu’un pense à toi ?
Il l’a blessée, de nouveau. Une fraction de seconde durant laquelle il devine l’écorchure sur son visage de déesse. Mais elle se reprend bien vite.
— Tu crois que ton épouse jouera longtemps les veuves éplorées, Benoît ? Moi, je n’en suis pas si sûre ! Elle est jeune, attirante… A mon avis, elle se consolera bien vite dans les bras d’un autre homme. Qui deviendra le père de ton fils… Il est si petit, il ne se souviendra même pas de toi !
Là, c’est elle qui a atteint sa cible.
— Je retrouverai Gaëlle, dès que je sortirai de là !
— Tu n’as pas encore compris ? Tu ne sortiras jamais. La seule chose que tu peux faire, c’est survivre le plus longtemps possible… Souffrir, le plus longtemps possible. Tu es robuste, en bonne santé, tu devrais tenir un moment, je pense.
— Plus longtemps que tu ne crois… Jusqu’à ce que mes gars débarquent, ouvrent cette porte et te foutent en taule. Mais je promets de te rendre visite, au parloir… Pour te faire la causette ! Peut-être même que je viendrai jusque dans ta cellule. Un petit tête-à-tête avec toi… Mais là, c’est moi qui aurai les clefs, Lydia. Les clefs et les mains libres…