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Catherine des grands chemins

Электронная книга - «Catherine des grands chemins». Краткое содержание книги:

Arnaud de Montsalvy a contracté la lèpre dans la geôle immonde où Georges de la Trémoille, le tout-puissant favori de Charles VII, l'avait fait jeter pour avoir tenté de délivrer Jeanne la sorcière. Catherine, désespérée, se retranche du monde et s'enferme avec leur fils Michel dans sa forteresse auvergnate.
Pourtant, le monde n'oublie pas Catherine. Tous ceux qui veulent que le sacrifice de Jeanne d'Arc n'ait pas été vain se liguent pour abattre Georges de la Trémoille. Et c'est pour se venger de cet homme que Catherine trouve enfin la force de quitter son refuge pour se lancer à nouveau dans les plus périlleuses aventures.
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— Vierge toute-puissante, chuchota la jeune femme, acceptez cette pierre de douleur et de sang. Prenez-la contre vous afin qu'en sorte à jamais le démon qui l'habite, prenez-la pour que le malheur, enfin, s'éloigne de nous... pour qu'enfin le bonheur revienne à Montsalvy.

Pour que je retrouve mon époux.

Doucement, elle posa la pierre aux pieds de la statue puis se prosterna, toute sa terreur envolée, mais bouleversée par une émotion nouvelle.

— Rendez-le-moi, supplia-t-elle douloureusement. Rendez-le-moi, Vierge miséricordieuse... Même s'il faut encore souffrir, même s'il faut peiner des jours et des nuits... Faites qu'au bout du chemin je le retrouve enfin ! Permettez qu'au moins je le revoie... une fois, rien qu'une seule fois... Que je puisse seulement lui dire que je l'aime, que je n'ai jamais cessé de lui appartenir et que personne... jamais... ne pourra prendre sa place. Ayez pitié... oh ! ayez pitié ! Laissez-moi le retrouver. Après, vous ferez de moi ce que vous voudrez.

Elle enfouit son visage dans ses mains qui furent bientôt mouillées de ses larmes et demeura là un long moment, priant pour son enfant et pour Sara, pleurant doucement et attendant inconsciemment une réponse à sa brûlante prière. Et, soudain, elle entendit :

— Femme, ayez confiance ! Si votre foi est grande, vous serez entendue.

Elle releva la tête. Devant elle, un moine en longue robe blanche se tenait debout, penchant vers elle sa tête grise et son visage illuminé de douceur. Une telle paix émanait de cette blanche silhouette que Catherine, subjuguée, demeura devant lui agenouillée, les mains encore jointes comme devant une apparition. Le moine tendit sa main pâle vers la pierre qui scintillait près du manteau d'or de la Vierge, mais ne la toucha pas.

— Ce joyau fabuleux, d'où le tenez-vous ?

— Il appartenait à mon défunt époux, le Grand Argentier de Bourgogne.

— Vous êtes veuve ?

— Je ne l'étais plus. Mais l'homme que j'avais épousé, frappé de la lèpre, est parti au tombeau de Saint- Jacques implorer sa guérison et moi aussi je veux partir là-bas pour le retrouver.

Avez-vous pris rang parmi les pèlerins ? Il vous faut un billet de confession et être agréée par les chefs des errants de Dieu. Ils partent demain.

— Je sais... Mais je viens seulement d'arriver. Pensez-vous, mon père, qu'il soit trop tard ? fit Catherine avec une soudaine crainte.

Un sourire plein de bonté vint éclairer le visage du moine blanc.

— Vous désirez beaucoup partir, n'est-ce pas ?

— Je le désire plus que tout au monde.

— Alors, venez. Je vais vous entendre en confession, puis je vous donnerai un billet pour le prieur de l'Hôtel- Dieu.

— Avez-vous donc le pouvoir de me faire admettre si tard ?

— Il n'y a pas d'heure pour s'approcher de Dieu. Et je suis Guillaume de Chalençon, l'évêque de cette ville. Venez, ma fille.

Le cœur envahi d'un merveilleux espoir, Catherine suivit la blanche silhouette du prélat.

En quittant l'église, Catherine avait des ailes. Elle avait l'impression que tout, maintenant, allait s'arranger, que ses espoirs retrouvaient toute leur vigueur, que plus rien n'était impossible. Il suffisait seulement d'avoir du courage et, du courage, elle en avait à revendre désormais.

À l'entrée de l'Hôtel-Dieu, dont le haut portail ogival gardé par des lions de pierre s'ouvrait sur les marches mêmes de la cathédrale, elle trouva Frère Eusèbe qui l'attendait, assis sur une borne, et disant placidement son chapelet. La voyant approcher il la regarda d'un air malheureux.

— Dame Catherine, il n'y a plus de place dans les dortoirs. Les pèlerins couchent dans la cour, et je n'ai pas pu vous trouver même une paillasse. Moi, je peux toujours demander asile dans un couvent.

Mais vous ?

Moi ? Cela n'a pas d'importance. Je dormirai dans la cour, avec les autres. D'ailleurs, Frère Eusèbe, il est temps à cette heure que je vous avoue la vérité. Je ne rentrerai pas avec vous à Montsalvy. Demain, avec les autres pèlerins, je partirai vers Compostelle... Rien ne peut m'en empêcher. Mais je veux vous demander pardon pour les ennuis que je vais vous causer. Le seigneur abbé...

Un grand sourire vint éclairer le visage rond du petit Frère portier.

De sous sa robe, il tira un rouleau de parchemin et le donna à Catherine.

— Notre très Révérend Père Abbé, coupa-t-il, m'a chargé de vous remettre ceci, dame Catherine. Mais je ne devais vous le donner qu'une fois votre vœu accompli. Il l'est, n'est-ce pas ?

— Il l'est.

— Alors, voici.

D'une main hésitante, Catherine prit le rouleau, en brisa le cachet, le déroula. Il ne contenait que peu de mots, mais leur lecture fit monter à son front une bouffée de joie.

« Allez en paix, avait écrit Bernard de Calmont, et que Dieu vous accompagne. Je veillerai sur l'enfant et sur Montsalvy. »

Le regard qu'elle adressa au Frère portier était rayonnant de bonheur. Dans son enthousiasme, elle baisa la signature de la lettre avant de la glisser dans son aumônière, puis elle tendit la main à son compagnon.

— C'est ici que nous nous séparons. Retournez à Montsalvy, Frère Eusèbe, et dites au Très Révérend Abbé que j'ai honte d'avoir manqué de confiance en lui, mais que je le remercie. Rendez-lui les mules, je n'en ai pas besoin. C'est à pied, comme les autres, que je ferai le chemin.

Puis, se détournant, elle s'envola, légère comme un oiseau délivré, vers l'autre côté de la rue où se balançait une belle enseigne qui représentait un pèlerin sous son grand chapeau, le bourdon à la main, et qui annonçait à tous qu'au « Chemin de Saint-Jacques » maître Croizat tenait boutique de fournitures pour le pieux voyage.

Ceux qui allaient partir étaient une cinquantaine, hommes et femmes, venus d'Auvergne, de Franche- Comté ou même d'Allemagne. Ils se groupaient par régions et par affinités, mais quelques-uns demeuraient isolés, préférant leur solitude et leur propre compagnie.

Au milieu de ses nouveaux compagnons, Catherine assista à la Grand-messe de Pâques. Elle vit passer, à quelques pas d'elle seulement, le Roi Charles VII gagnant le haut fauteuil disposé pour lui dans le chœur. Auprès de lui, elle reconnut la puissante silhouette d'Arthur de Richemont. Le Connétable de France, en ce jour de Pâques, reprenait officiellement son rang et sa charge. Entre ses fortes mains, la jeune femme vit briller la grande épée bleue, fleurdelysée d'or. Elle vit aussi la reine Marie, et, parmi les gens de Richemont, elle reconnut la grande silhouette de Tristan l'Hermite... Tristan, son dernier ami. La tentation fut grande de rompre les rangs silencieux qui l'entouraient, d'aller vers lui... Il serait bon d'entendre son exclamation joyeuse, d'évoquer les souvenirs des jours passés.

Mais elle retint le mouvement qui allait la jeter en avant. NON...

elle n'appartenait plus à ce monde brillant, coloré, fastueux. Entre lui et elle, il y avait maintenant l'engagement de la veille, la robe blanche de cet évêque qui, là-bas, dans le chœur illuminé, célébrait la messe en chape d'or frisé. La barrière invisible qui la séparait de cette cour à laquelle, de droit, elle appartenait encore, Catherine ne voulait pas la renverser. L'avenir était ailleurs et, loin de se montrer, elle se fit plus petite au milieu de ses voisins, entre un immense gaillard grisonnant et barbu, qui chantait avec une voix de grandes orgues, et une femme sèche et pâle, dont le regard fanatique s'attachait à l'autel scintillant.

Quand elle la regardait, Catherine oscillait entre la pitié et la répugnance, car elle doutait que cette femme, malade visiblement et qui faisait entendre de temps en temps une toux sèche et caverneuse, pût supporter les fatigues du pèlerinage.

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