Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Mais le timbre encore une fois résonne, et un homme jeune, de petite taille et noir comme un Bohémien, vient s’asseoir entre ces deux colosses. Sa tête jolie, très fine, est couverte d’un flot de cheveux d’ébène qui descendent sur les épaules, se mêlant à la barbe frisée dont il roule souvent les pointes aiguës. L’œil, longuement fendu, mais peu ouvert, laisse passer un regard noir comme de l’encre, vague quelquefois, par suite d’une myopie excessive. Sa voix chante un peu ; il a le geste vif, l’allure mobile, tous les signes d’un fils du Midi. Il entre comme un coup de soleil et sous sa parole rapide des rires éclatent.
Railleur et mordant, traçant en quelques mots des silhouettes follement drôles, promenant sur tous son ironie charmante, méridionale et personnelle, Alphonse Daudet apporte comme une senteur de Paris, du Paris vivant, viveur, remuant et élégant, du Paris du jour même, à ces deux grands qui subissent le charme de sa verve éloquente, la séduction de sa figure et de son geste, et la science de ses récits toujours composés comme des contes en volume.
Mais Zola, essoufflé par lu cinq étages, et suivi de Paul Alexis, vient de paraître à son tour. La profonde affection qu’il inspire au maître du logis se montre dans l’accueil. Ce n’est point seulement une haute estime pour le puissant romancier, c’est un élan cordial, une amitié vive pour l’homme sincère et droit qui apparaît dans le « Bonjour, mon bon ! » et dans la main largement tendue.
Il se jette, toujours souffrant, dans un fauteuil, et son regard observateur cherche sur les figures l’état des pensées, le ton des conversations. Assis un peu de côté, une jambe sous lui, tenant sa cheville dans sa main, et parlant peu, il écoute attentivement. Quelquefois, quand un enthousiasme littéraire, une griserie d’artistes emporte les causeurs et les lance en ces théories excessives, charmantes et paradoxales, si chères aux hommes de 1830, il devient inquiet, remue la jambe, place de temps en temps un « mais… » étouffé dans les grands éclats de Flaubert ; puis, quand la poussée lyrique de ses amis se calme un peu, il reprend tout doucement la discussion, et, tranquillement, se servant de sa raison comme on fait d’une hache à travers les forêts vierges, il argumente sobrement, sans emballage, d’une façon sage et juste presque toujours.
D’autres arrivent : Edmond de Goncourt, avec de longs cheveux grisâtres, comme décolorés, une moustache un peu plus blanche et des yeux singuliers, envahis par une pupille énorme. Grand seigneur marqué du XVIIIe siècle, qu’il a si passionnément étudié, fin de la tête aux pieds, nerveux comme son style, gardant une allure si haute que les valets par instinct doivent lui dire : « Monsieur le duc », simple cependant et simplement vêtu, il entre, tenant à la main un paquet de tabac spécial qu’il emporte partout avec lui, tandis qu’il tend à ses amis son autre main, restée libre. Il vient tard, habitant loin ; et derrière lui, souvent, paraît Philippe Burty, bibelotier comme Goncourt, le premier japoniste de France, maître connaisseur en tous les arts, portant sur un gros ventre une tête aimable et rusée.
Un rire a retenti dans l’antichambre. Une voix jeune, parle haut : et chacun sourit, la reconnaissant. La porte s’ouvre, il paraît. Sans quelques cheveux blancs mêlés il, ses longs cheveux noirs, on le prendrait pour un adolescent. Il est mince et joli garçon, avec un menton légèrement pointu, nuancé de bleu par une barbe drue et soigneusement rasée. Très élégant, créé pour le mot sympathique, à moins que le mot n’ait été inventé pour lui, l’éditeur Charpentier s’avance. Son entrée fait toujours sensation ; car tous ont à lui parler, tous ont des recommandations à lui faire, tous publiant leurs livres chez lui. Il sourit sans cesse, en joyeux sceptique, fait semblant d’écouter, promet tout ce qu’on veut, accepte un volume qu’il n’éditera pas, suit ce qu’on dit… à l’autre bout du salon ; puis s’assied, fumant un cigare qui l’absorbe bientôt tout entier. Mais, quand la porte s’ouvre de nouveau, il tressaille comme s’il s’éveillait. C’est Bergerat, son « complice », rédacteur en chef de la Vie moderne, Bergerat lui-même, gendre du grand Théo. Or, aussitôt derrière lui son beau-frère, mince et blond, avec une figure de Christ, le charmant poète Catulle Mendès, séduisant toujours et souriant, prend les deux mains de Flaubert. Puis il va causer dans un coin, tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre, tandis que dans un autre coin, tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre, cause Bergerat, son beau-frère.
L’académicien Taine, les cheveux collés sur la tête, l’allure hésitante, le regard caché derrière ses lunettes à la façon des gens habitués à observer en dedans, à lire de l’histoire, à analyser dans les livres plutôt que dans l’humanité même, apporte une odeur d’archives remuées, de documents inédits qu’il vient de fouiller pour compléter son précieux travail sur la Société française ; et il déroule des anecdotes ignorées, il raconte de menus faits où tous les hommes de la Révolution, qu’on nous habitue à voir grands, sublimes, selon les uns, hideux, selon les autres, mais toujours grands, nous apparaissent avec toutes leurs faiblesses, leurs étroitesses d’esprit, leur insuffisance de vue, leurs travers mesquins et vils ; et il recompose les larges événements avec mille détails infimes comme avec des mosaïques on peut composer un décor qui produira beaucoup d’effet.
Voici le vieux camarade de Flaubert, Frédéric Baudry, membre de l’Institut, administrateur de la Bibliothèque Mazarine, saturé d’idiomes barbares et de grammaire comparée, gonflé d’érudition, parlant du verbe comme d’un personnage historique, et spirituel toujours.
Voici l’intime ami Georges Pouchet, le savant professeur du Muséum, qu’on prendrait plus volontiers, dans là rue, pour un jeune officier de cavalerie sans uniforme.
Puis, tous ensemble, ceux que Flaubert appelle ses jeunes gens, ceux qui l’aiment le plus, peut-être, et que le public, toujours subtil, classe en bloc sous l’étiquette de « naturalistes » : Céard, Huysmans, Léon Hennique. Puis, d’autres romanciers : Marius Roux, Gustave Toudouze, etc.
Le petit salon déborde. Des groupes passent dans la salle à manger.
Et c’est à ce moment surtout qu’il fallait voir Gustave Flaubert.
Avec des gestes larges, où il paraissait s’envoler, allant de l’un à l’autre d’un seul pas qui traversait l’appartement, sa longue robe de chambre gonflée derrière lui dans ses brusques élans, comme la voile brune d’une barque de pêche, plein d’exaltations, d’indignations, de flamme véhémente, d’éloquence retentissante, il amusait par ses emportements, charmait par sa bonhomie, stupéfiait souvent par son érudition prodigieuse que servait une mémoire fantastique, terminait une discussion d’un mot clair et profond, parcourait les siècles d’un bond de sa pensée pour rapprocher deux faits de même ordre, deux hommes de même race, deux enseignements de même nature, d’où il faisait jaillir une lumière comme lorsqu’on heurte deux pierres pareilles.
Puis ses amis partaient l’un après l’autre. Il la accompagnait dans l’antichambre où il causait un moment seul avec chacun, serrant les mains vigoureusement, tapant sur les épaules avec un bon rire affectueux. Et, quand Zola était sorti le dernier, toujours suivi de Paul Alexis, il dormait une heure sur son large canapé, avant de passer son habit noir pour aller dîner chez sa grande amie, Mme la princesse Mathilde.
Personne ne porta plus loin que Gustave Flaubert le respect de son art et le sentiment de la dignité littéraire. Une seule passion, l’amour des lettres, a empli sa vie à son dernier jour. Il les aima furieusement, d’une façon absolue, sans rivale, et cette tendresse d’homme de génie, qui dura plus de quarante ans, n’eut jamais une défaillance.