L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
Il s’agissait, dans l’espèce, d’obtenir une pile à courant constant. On sait que les éléments des piles modernes se composent généralement de charbon de cornue, de zinc et de cuivre. Le cuivre manquait absolument à l’ingénieur, qui, malgré ses recherches, n’en avait pas trouvé trace dans l’île Lincoln, et il fallait s’en passer. Le charbon de cornue, c’est-à-dire ce dur graphite qui se trouve dans les cornues des usines à gaz, après que la houille a été déshydrogénée, on eût pu le produire, mais il eût fallu installer des appareils spéciaux, ce qui aurait été une grosse besogne. Quant au zinc, on se souvient que la caisse trouvée à la pointe de l’épave était doublée d’une enveloppe de ce métal, qui ne pouvait pas être mieux utilisée que dans cette circonstance.
Cyrus Smith, après mûres réflexions, résolut donc de fabriquer une pile très simple, se rapprochant de celle que Becquerel imagina en 1820, et dans laquelle le zinc est uniquement employé. Quant aux autres substances, acide azotique et potasse, tout cela était à sa disposition.
Voici donc comment fut composée cette pile, dont les effets devaient être produits par la réaction de l’acide et de la potasse l’un sur l’autre. Un certain nombre de flacons de verre furent fabriqués et remplis d’acide azotique. L’ingénieur les boucha au moyen d’un bouchon que traversait un tube de verre fermé à son extrémité inférieure et destiné À plonger dans l’acide au moyen d’un tampon d’argile maintenu par un linge. Dans ce tube, par son extrémité supérieure, il versa alors une dissolution de potasse qu’il avait préalablement obtenue par l’incinération de diverses plantes, et, de cette façon, l’acide et la potasse purent réagir l’un sur l’autre à travers l’argile.
Cyrus Smith prit ensuite deux lames de zinc, dont l’une fut plongée dans l’acide azotique, l’autre dans la dissolution de potasse. Aussitôt un courant se produisit, qui alla de la lame du flacon à celle du tube, et ces deux lames ayant été reliées par un fil métallique, la lame du tube devint le pôle positif et celle du flacon le pôle négatif de l’appareil.
Chaque flacon produisit donc autant de courants, qui, réunis, devaient suffire à provoquer tous les phénomènes de la télégraphie électrique.
Tel fut l’ingénieux et très simple appareil que construisit Cyrus Smith, appareil qui allait lui permettre d’établir une communication télégraphique entre Granite-House et le corral.
Ce fut le 6 février que fut commencée la plantation des poteaux, munis d’isoloirs en verre, et destinés à supporter le fil, qui devait suivre la route du corral. Quelques jours après, le fil était tendu, prêt à produire, avec une vitesse de cent mille kilomètres par seconde, le courant électrique que la terre se chargerait de ramener à son point de départ. Deux piles avaient été fabriquées, l’une pour Granite-House, l’autre pour le corral, car si le corral devait communiquer avec Granite-House, il pouvait être utile aussi que Granite-House communiquât avec le corral.
Quant au récepteur et au manipulateur, ils furent très simples. Aux deux stations, le fil s’enroulait sur un électro-aimant, c’est-à-dire sur un morceau de fer doux entouré d’un fil. La communication était-elle établie entre les deux pôles, le courant, partant du pôle positif, traversait le fil, passait dans l’électro-aimant, qui s’aimantait temporairement, et revenait par le sol au pôle négatif. Le courant était-il interrompu, l’électro-aimant se désaimantait aussitôt. Il suffisait donc de placer une plaque de fer doux devant l’électro-aimant, qui, attirée pendant le passage du courant, retombait, quand le courant était interrompu. Ce mouvement de la plaque ainsi obtenu, Cyrus Smith put très facilement y rattacher une aiguille disposée sur un cadran, qui portait en exergue les lettres de l’alphabet, et, de cette façon, correspondre d’une station à l’autre.
Le tout fut complètement installé le 12 février. Ce jour-là, Cyrus Smith, ayant lancé le courant à travers le fil, demanda si tout allait bien au corral, et reçut, quelques instants après, une réponse satisfaisante d’Ayrton.
Pencroff ne se tenait pas de joie, et chaque matin et chaque soir il lançait un télégramme au corral, qui ne restait jamais sans réponse.
Ce mode de communication présenta deux avantages très réels, d’abord parce qu’il permettait de constater la présence d’Ayrton au corral, et ensuite parce qu’il ne le laissait pas dans un complet isolement. D’ailleurs, Cyrus Smith ne laissait jamais passer une semaine sans l’aller voir, et Ayrton venait de temps en temps à Granite-House, où il trouvait toujours bon accueil.
La belle saison s’écoula ainsi au milieu des travaux habituels. Les ressources de la colonie, particulièrement en légumes et en céréales, s’accroissaient de jour en jour, et les plants rapportés de l’île Tabor avaient parfaitement réussi. Le plateau de Grande-vue présentait un aspect très rassurant. La quatrième récolte de blé avait été admirable, et, on le pense bien, personne ne s’avisa de compter si les quatre cents milliards de grains figuraient à la moisson. Cependant, Pencroff avait eu l’idée de le faire, mais Cyrus Smith lui ayant appris que, quand bien même il parviendrait à compter trois cents grains par minute, soit neuf mille à l’heure, il lui faudrait environ cinq mille cinq cents ans pour achever son opération, le brave marin crut devoir y renoncer.
Le temps était magnifique, la température très chaude dans la journée ; mais, le soir, les brises du large venaient tempérer les ardeurs de l’atmosphère et procuraient des nuits fraîches aux habitants de Granite-House. Cependant il y eut quelques orages, qui, s’ils n’étaient pas de longue durée, tombaient, du moins, sur l’île Lincoln avec une force extraordinaire. Durant quelques heures, les éclairs ne cessaient d’embraser le ciel et les roulements du tonnerre ne discontinuaient pas.
Vers cette époque, la petite colonie était extrêmement prospère. Les hôtes de la basse-cour pullulaient, et l’on vivait sur son trop-plein, car il devenait urgent de ramener sa population à un chiffre plus modéré. Les porcs avaient déjà produit des petits, et l’on comprend que les soins à donner à ces animaux absorbaient une grande partie du temps de Nab et de Pencroff. Les onaggas, qui avaient donné deux jolies bêtes, étaient le plus souvent montés par Gédéon Spilett et Harbert, devenu un excellent cavalier sous la direction du reporter, et on les attelait aussi au chariot, soit pour transporter à Granite-House le bois et la houille, soit les divers produits minéraux que l’ingénieur employait.
Plusieurs reconnaissances furent poussées, vers cette époque, jusque dans les profondeurs des forêts du Far-West. Les explorateurs pouvaient s’y hasarder sans avoir à redouter les excès de la température, car les rayons solaires perçaient à peine l’épaisse ramure qui s’enchevêtrait au-dessus de leur tête. Ils visitèrent ainsi toute la rive gauche de la Mercy, que bordait la route qui allait du corral à l’embouchure de la rivière de la chute.
Mais, pendant ces excursions, les colons eurent soin d’être bien armés, car ils rencontraient fréquemment certains sangliers, très sauvages et très féroces, contre lesquels il fallait lutter sérieusement.
Il y fut aussi fait, pendant cette saison, une guerre terrible aux jaguars. Gédéon Spilett leur avait voué une haine toute spéciale, et son élève Harbert le secondait bien. Armés comme ils l’étaient, ils ne redoutaient guère la rencontre de l’un de ces fauves.
La hardiesse d’Harbert était superbe, et le sang-froid du reporter étonnant. Aussi une vingtaine de magnifiques peaux ornaient-elles déjà la grande salle de Granite-House, et si cela continuait, la race des jaguars serait bientôt éteinte dans l’île, but que poursuivaient les chasseurs.