Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Faramir rit doucement. « Du poisson ! dit-il. Une faim moins périlleuse. Mais peut-être pas : le poisson pêché dans l’étang de Henneth Annûn pourrait lui coûter tout ce qu’il a à donner. »
« Je l’ai à la pointe de ma flèche, dit Anborn. Ne dois-je pas tirer, Capitaine ? Pour qui vient ici sans permission, la mort est notre loi. »
« Attends, Anborn, dit Faramir. Cette affaire est plus difficile qu’il n’y paraît. Qu’avez-vous à dire à présent, Frodo ? Pourquoi l’épargner ? »
« C’est une pauvre créature famélique, dit Frodo, qui n’a pas conscience du danger auquel elle s’expose. Et Gandalf, votre Mithrandir, il vous aurait enjoint de ne pas la tuer pour cette même raison, mais pas uniquement. Il a interdit aux Elfes de le faire. Je ne sais pas exactement pourquoi, et dans ce lieu ouvert, il m’est impossible de vous dire ce que je puis en deviner. Mais il semble que cet être soit lié à ma mission, d’une manière ou d’une autre. Avant que vous tombiez sur nous dans les bosquets, il était mon guide. »
« Votre guide ! s’écria Faramir. De plus en plus étrange. Je suis prêt à beaucoup pour vous, Frodo, mais à cela je ne puis consentir : laisser cet habile rôdeur partir d’ici à son gré, pour vous rejoindre plus tard s’il en a envie, ou être attrapé par des orques et leur dire tout ce qu’il sait sous peine d’être mis au supplice. Il doit être tué ou bien pris. Tué, s’il n’est pas pris très bientôt. Mais comment prendre cette chose visqueuse aux multiples formes, sinon par un trait empenné ? »
« Laissez-moi descendre doucement jusqu’à lui, dit Frodo. Vous pouvez toujours garder vos arcs bandés, et au moins m’abattre moi, si j’échoue. Je ne m’enfuirai pas. »
« Dans ce cas, faite vite ! dit Faramir. S’il en ressort vivant, alors qu’il soit votre fidèle serviteur pour le restant de ses malheureux jours. Conduis Frodo jusqu’à la rive, Anborn, et sois discret. Cette chose a un nez et des oreilles. Donne-moi ton arc. »
Anborn laissa échapper un grognement, et, prenant la tête, il descendit l’escalier en colimaçon jusqu’au petit palier, où ils prirent le deuxième escalier : il menait à une étroite ouverture voilée par d’épais buissons. Frodo s’y glissa en silence et déboucha au haut de la rive sud, au-dessus de l’étang. Il faisait noir, à présent, et les chutes donnaient une pâle lueur grise, dernier reflet du clair de lune qui s’attardait dans le ciel de l’ouest. Frodo ne voyait pas Gollum. Il fit quelques pas en avant, et Anborn le suivit à pas furtifs.
« Allez-y ! souffla-t-il à l’oreille de Frodo. Faites attention à votre droite. Si vous tombez dans l’étang, personne ne pourra vous sauver, sauf votre ami pêcheur. Et souvenez-vous qu’il y a des archers à portée, même si vous ne les voyez peut-être pas. »
Frodo s’avança à quatre pattes, usant de ses mains à la manière de Gollum, autant pour se guider que pour assurer son équilibre. Les rochers étaient plats et lisses pour la plupart, mais glissants. Il s’arrêta pour écouter. Au début, il ne discerna rien d’autre que le bruissement incessant de la chute juste derrière lui. Puis il entendit alors, non loin devant, un sibilant murmure.
« Poissson, bon poissson. La Face Blanche est partie, mon trésor, oui, enfin. Maintenant, on peut manger poisson en paix. Non, pas en paix, trésor. Car le Trésor est perdu ; oui, perdu. Sales hobbits, méchants hobbits. Ils nous ont abandonné, gollum ; et le Trésor est parti. Seulement le pauvre Sméagol, tout seul. Pas de Trésor. Méchants Hommes, ils vont le prendre, enlever mon Trésor. Voleurs. On les z’hait. Poissson, bon poissson. Nous rend fort. Donne les yeux clairs, les doigts comme des serres, oui. Les étouffer, trésor. Tous les étouffer, oui, si on en a la chance. Bon poissson. Bon poissson ! »
Ainsi poursuivit-il son monologue, presque aussi incessant que la chute d’eau, seulement interrompu par un faible bruit de salive et de déglutition. Frodo frissonna, écoutant sa voix avec pitié et dégoût. Il aurait voulu qu’elle s’arrête, et souhaité ne plus jamais avoir à l’entendre. Anborn n’était pas loin derrière lui. Il aurait pu revenir tout doucement sur ses pas et lui demander de faire signe aux chasseurs de tirer. Ils auraient sans doute l’occasion de s’approcher suffisamment, pendant que Gollum était trop occupé à se goinfrer pour être sur ses gardes. Un seul tir bien visé, et Frodo serait à jamais débarrassé de cette voix pitoyable. Mais non ; Gollum avait une revendication légitime envers lui désormais. Un serviteur a revendication sur son maître pour les services rendus, même par crainte. Sans Gollum, ils ne se seraient jamais extirpés des Marais Morts. Et Frodo, pour une raison ou pour une autre, était bien certain que Gandalf ne l’aurait pas souhaité.
« Sméagol ! » souffla-t-il.
« Poissson, bon poissson », dit la voix.
« Sméagol ! » fit-il un peu plus fort. La voix cessa.
« Sméagol, le Maître est venu te chercher. Le Maître est ici. Viens, Sméagol ! » Il n’y eut d’autre réponse qu’un doux sifflement, comme une inspiration.
« Viens, Sméagol ! dit Frodo. Nous sommes en danger. Les Hommes te tueront s’ils te trouvent ici. Viens vite, si tu souhaites éviter la mort. Viens voir le Maître ! »
« Non ! dit la voix. Pas gentil Maître. Abandonne le pauvre Sméagol et part avec nouveaux amis. Maître peut attendre. Sméagol n’a pas fini. »
« Pas le temps, dit Frodo. Emporte le poisson avec toi. Viens ! »
« Non ! Doit finir poisson. »
« Sméagol ! dit Frodo d’un ton désespéré. Le Trésor va se mettre en colère. Je vais prendre le Trésor, et je vais lui dire : fais-le avaler les arêtes et s’étouffer. Jamais plus goûter à poisson. Viens, le Trésor attend ! »
Il y eut un sifflement perçant. Bientôt, Gollum sortit des ténèbres, marchant à quatre pattes, comme un chien désobéissant appelé par son maître. Il avait à la bouche un poisson à demi grignoté, et un autre à la main. S’approchant de Frodo, presque nez à nez, il le renifla. Ses yeux pâles brillaient. Puis il ôta le poisson de sa bouche et se redressa.
« Gentil Maître ! susurra-t-il. Gentil hobbit, revenu chercher pauvre Sméagol. Bon Sméagol vient. Maintenant, partons, partons vite, oui. À travers les arbres, pendant que les Faces sont éteintes. Oui, venez, partons ! »
« Oui, nous partirons bientôt, dit Frodo. Mais pas tout de suite. Je vais t’accompagner comme promis. Je t’en fais de nouveau la promesse. Mais pas maintenant. Tu n’es pas encore en sécurité. Je vais te sauver, mais tu dois me faire confiance. »
« On doit faire confiance au Maître ? dit Gollum d’un ton suspicieux. Pourquoi ? Pourquoi pas partir tout de suite ? Où qu’il est, l’autre, le hobbit fâché et pas poli ? Où qu’il est ? »
« Là-haut, dit Frodo, montrant la chute d’eau. Je ne partirai pas sans lui. Il faut aller le retrouver. » Son cœur se serra. Cela ressemblait trop à une ruse. Il ne craignait pas vraiment que Faramir permît à ses hommes de tuer Gollum, mais il voudrait sans doute le voir capturé et ligoté ; et la façon dont Frodo s’y était pris ne pouvait manquer d’être perçue comme une trahison par cette pauvre créature déloyale. Il serait sans doute impossible de jamais lui faire comprendre ou croire que Frodo lui avait sauvé la vie par le seul moyen à sa disposition. Que pouvait-il faire d’autre ? – sinon tenir sa parole, du mieux qu’il le pouvait, auprès des deux parties. « Viens ! dit-il. Ou le Précieux va se mettre en colère. Il faut nous en retourner, remonter le cours d’eau. Allons, allons, toi d’abord ! »