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Sans parler du chien

Электронная книга - «Sans parler du chien». Краткое содержание книги:

Au XXIe siècle, le professeur Dunworthy dmge une équipe d'historiens qui utilisent des transmetteurs temporels pour aller assister aux événements qui ont modifié l'avenir de l'humanité. Ned Henry est l'un d'eux. Dans le cadre d'un projet de reconstruction de la cathédrale de Coventry, il doit effectuer d'incessantes navettes vers le passé pour récolter un maximum d'informations sur cet édifice détruit par un raid aérien nazi en 1940. Toutefois, quand Dunworthy lui propose d'aller se reposer dans l'Angleterre de la fin du XIXe siècle, ce havre de tranquillité où rien n'est plus épuisant que de canoter sur la Tamise et de jouer au croquet, c'est avec empressement qu'il accepte. Mais Henry n'a pas entendu le professeur préciser qu'il devra en profiter pour corriger un paradoxe temporel provoqué par une de ses collègues qui a sauvé un chat de la noyade en 1988... et l'a ramené par inadvertance avec elle dans le futur. Et quand ce matou voyageur rencontre un chien victorien, cette incongruité spatio-temporelle pourrait bien remettre en cause... la survie de l'humanité !
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Mais l’interface était déjà conviviale et je saisis : « Coordonnées actuelles ? »

Tout s’effaça et « Erreur » se mit à clignoter.

Je réfléchis puis enfonçai F1 pour obtenir de l’aide.

Un nouvel effacement. Cette fois, l’écran resta vierge. Merveilleux.

Je testai d’autres touches de fonction. « Destination ? » réapparut.

Un bruit m’incita à chercher une cachette. Je ne vis que le transmetteur, plongeai derrière le rideau rouge et le tirai.

Le visiteur batailla longtemps avec la serrure, qui finit par cliqueter.

Je reculai et m’immobilisai. J’entendis la porte se refermer, puis le silence.

Je tendais l’oreille. Rien. L’inconnu avait-il changé d’avis et fait demi-tour ? J’approchai précautionneusement du voile et écartai ses pans d’un millimètre. À côté du seuil, une fille au demeurant fort séduisante mordillait sa lèvre inférieure et regardait dans ma direction.

Je contins un besoin instinctif de me rejeter en arrière. Perdue dans ses pensées, elle ne m’avait pas vu.

Sa robe blanche qui s’arrêtait aux chevilles pouvait dater des années trente, ses longs cheveux roux réunis en queue de-cheval du début du millénaire. Ce qui ne m’était d’aucune utilité étant donné que des historiennes du milieu du siècle avaient, elles aussi, adopté cette coiffure… lorsqu’elles ne se faisaient pas des tresses ou des chignons pour ne pas avoir des mèches devant les yeux.

Encore plus jeune que Tossie, elle avait une alliance et me rappelait quelqu’un. Ce n’était pas Verity, malgré son air décidé. Ni Lady Schrapnell ou une de ses ancêtres. Une personne que j’avais rencontrée à une vente de charité ?

Je tentai de la situer. Sa chevelure avait été différente. Plus claire.

Elle demeura sur place une bonne minute, paraissant à la fois effrayée et en colère, puis elle se dirigea vers la batterie d’ordinateurs et sortit de mon champ de vision.

Je l’entendis pianoter et espérai qu’elle ne saisissait pas les coordonnées d’un saut, ou les instructions qui feraient remonter les voiles.

Je gagnai l’interstice suivant et pus constater qu’elle avait toujours la même expression déterminée.

Et son désespoir paraissait aussi profond que celui que j’avais lu sur les traits de Verity quand Tossie et Terence nous avaient annoncé leurs fiançailles.

Un bruit l’incita à se lever et disparaître. Une clé tourna dans la serrure. Lorsque j’atteignis mon point d’observation précédent, le nouveau venu se dressait sur le seuil et la fixait.

Ce jeune homme à lunettes, jean et vieux sweat-shirt troué, avait des cheveux châtain clair de la longueur intermédiaire adoptée par les historiens pour pouvoir passer à peu près inaperçus à toutes les époques. Je lui trouvais un je-ne-sais-quoi de familier.

Il tenait une grosse liasse de feuilles et de chemises, ainsi que la clé du labo.

— Salut, Jim, lui dit-elle.

— Que fais-tu ici ?

Et je reconnus aussitôt cette voix.

M. Dunworthy !

Il m’avait souvent parlé des balbutiements du voyage temporel mais je ne l’avais jamais imaginé maigre, jeune, empoté et… apparemment amoureux.

— Je suis venue vous voir, toi et Shoji. Où est-il ?

— Le grand patron l’a convoqué. Une fois de plus.

M. Dunwor… Jim alla poser son chargement sur la table.

Je changeai de trou d’observation, en maugréant contre leur bougeotte.

— Ça va mal ?

Il feuilleta ses documents.

— Plutôt. Arnold P. Lassiter a remplacé notre doyen, depuis que tu nous as quittés pour épouser Bitty. Ce « P » doit être l’initiale de Prudence. Il est si pusillanime qu’il n’a pas autorisé un seul transfert de tout le trimestre. En partant du principe qu’il « serait dangereux de se déplacer dans le temps avant d’avoir compris de quoi il retourne », il nous oblige à remplir des tonnes de formulaires. Il réclame une analyse complète de tous les sauts… les rares auxquels il donne son feu vert : contrôles des paramètres, graphiques des décalages, risques d’anachronismes, contrôles de sécurité…

Il cessa de fouiller dans la pile.

— Comment es-tu entrée ?

— La porte n’était pas verrouillée.

— Super ! S’il l’apprend, il en aura une attaque.

Il trouva la chemise qu’il cherchait et la sortit du tas.

— Bitty n’est pas avec toi ?

— Il est allé à Londres, pour faire appel de la décision de l’Église d’Angleterre.

L’expression de Jim changea.

— J’ai entendu dire qu’elle avait décrété Coventry sans intérêt. Désolé, Lizzie.

Coventry. Lizzie. Il s’agissait d’Elizabeth Bittner, la future veuve de l’évêque.

— Sans intérêt, répéta-t-elle. Une cathédrale, sans intérêt. Ce sera bientôt la religion qu’ils jugeront sans intérêt, puis l’art et la vérité. Sans parler de l’histoire.

Elle se dirigea vers les fenêtres condamnées et disparut à ma vue.

Allez-vous rester tranquille ? pensai-je pendant qu’elle ajoutait :

— C’est trop injuste. Sais-tu qu’ils ont conservé Bristol ! Bristol !

Jim sortit à son tour de mon champ de vision.

— Pourquoi ont-ils éliminé Coventry ?

— Ils estiment que chaque diocèse doit s’autofinancer à soixante-quinze pour cent, ce qui impose d’attirer des touristes. Et ces derniers ne s’intéressent qu’aux tombeaux et aux trésors. Canterbury a Becket, Winchester Jane Austen et ses fonts baptismaux en marbre noir de Tournai. St. Martin’s-in-the-Fields est à Londres et les gens en profitent pour visiter la tour et le musée de cire de Madame Tussaud. Nous avions nous aussi des trésors, mais la Luftwaffe les a détruits en 1940.

— Il y a le vitrail du baptistère.

— Le problème, c’est que la nouvelle cathédrale ressemble à un entrepôt, que les vitraux dont tu parles sont orientés du mauvais côté et qu’on ne pourrait imaginer une tapisserie plus atroce. Le milieu du XXe siècle n’est pas une période faste pour les arts, ni pour l’architecture.

— Les ruines…

— Elles n’intéressent personne. Bitty a tenté de convaincre le comité d’attribution des crédits que Coventry est un site historique, mais la Seconde Guerre mondiale appartient au passé. La démarche qu’il entreprend aujourd’hui est également vouée à l’échec.

— Vous allez fermer boutique ?

— Le diocèse est trop endetté. Vendre est la seule solution.

Elle revint dans mon champ de vision, la mine sévère.

L’Église de l’Au-Delà nous a fait une offre. Une secte New Age. Planchettes oui-ja, apparitions, conversations avec les morts. Ça le tuera…

— Que va-t-il faire ?

— Comme il n’y a plus de vocations et que les rats quittent le navire, ils lui ont déjà proposé un canonicat à Salisbury.

— Voilà qui est parfait ! Salisbury ne figure pas sur la liste des trucs sans intérêt, au moins ?

— Non. Il y a des trésors, là-bas. Et Turner. Dommage qu’il ne se soit pas installé à Coventry. Mais Bitty ne s’en remettra pas. Il est un descendant de Thomas Botoner, un des constructeurs de l’ancienne cathédrale. Il ferait n’importe quoi pour sauver la nouvelle.

— Et toi, tu ferais n’importe quoi pour le sauver.

— Oui. C’est pour cela que je suis venue te voir. J’ai un service à te demander.

Elle se rapprocha de lui, et ils ressortirent de mon champ de vision.

— Si nous pouvions emmener des gens voir l’incendie de 1940, ils prendraient conscience de tout ce que ça représente.

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