Chroniques
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #38
- Язык: французский
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Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:
Est-il plus immoral de souiller une enfant que de profaner une ancêtre ? De commencer trop tôt, que de finir trop tard ? Maxima debetur puero reverentia. Certes, si l’enfance a droit à nos plus délicats égards, la sainte vieillesse, la vieillesse en cheveux blancs ne devrait-elle pas nous inspirer un respect sans défaillances ?
S’il est odieux d’abuser de l’être trop jeune, de devancer l’heure où la nature le fait nubile, n’est-il pas plus odieux encore, et encore moins dans l’ordre régulier, de persévérer après l’heure où la nature a défendu la maternité ?
Puisque la loi prend la peine de fixer l’âge de l’amour au début de la vie (peine souvent inutile, mais dont l’intention est louable), ne serait-il pas logique qu’elle fixât aussi la limite d’âge, l’instant de la retraite, le moment de l’extinction des feux ?
Que le législateur se préoccupe également de la jeune et de la vieille, car les extrêmes se touchent, dit-on. L’une n’est pas encore mûre, l’autre l’est trop. L’une n’est pas encore femme ; l’autre a cessé de l’être. Cela se vaut.
Donc, ne serait-il pas juste de condamner à la même peine celui qui abuse d’une fillette avant quinze ans et celui qui se prête aux débordements des antiques débauchées ?
Une loi, s.v.p., contre les épouseurs et contre les trousseurs de vieilles !
En tout cas, ce sont là deux mariages qui annoncent deux séparations ou deux divorces.
Or, voici d’avance un document qui pourra servir à l’un comme à l’autre couple. C’est la troisième circulaire de la même sorte qui me passe entre les mains depuis un mois.
« MAISON ?
rue... n°...
Paris, le...
Renseignements intimes, etc. – Recherches de documents importants pour séparation de corps. – Procès civils, etc. Renseignements divers au moyen de surveillances quotidiennes.
Nota. Monsieur fait observer que ses affaires sont toujours faites sous sa surveillance immédiate, et, quand on le désire, par lui seulement.
Monsieur,
Les connaissances que j’ai acquises par la pratique de chaque jour et surtout une discrétion absolue ont su me faire apprécier par le Commerce, la Magistrature, les Hautes Classes et par toutes les personnes qui ont songé à recourir à mes services.
J’ai été honoré de la confiance intime de tous ceux qui ont reconnu l’utilité de ces services que je puis toujours rendre à un moment donné par la surveillance discrète et quotidienne que je suis en mesure d’exercer.
Daignez agréer, etc. »
Voilà, par exemple, des industries qui me font l’effet de franchir allégrement le mur de la vie privée.
Or çà, la loi ne tolère pas la preuve en matière de calomnie ; elle s’oppose même à la médisance, et voilà installée, organisée, la liberté de l’espionnage, de la délation, la porte ouverte à toutes les infamies de la mouchardise.
Ces louches et malfaisants chercheurs de pistes envoient ouvertement leurs programmes et leurs réclames avec leur nom et leur adresse.
Enregistrons l’un et l’autre pour savoir où frapper... à coups de botte, si jamais nous sommes victimes de ces policiers de contrebande.
Que dites-vous de la « Recherche de Documents importants pour séparation de corps » ?
Le sale métier que font ces sales gens !
Les amies de Balzac
(Le Gaulois, 22 avril 1882)
Celle qui fut d’abord Mme Hanska, puis Mme Honoré de Balzac, vient de mourir. Elle a tenu dans la vie de l’immortel écrivain une place prédominante ; elle semble même avoir possédé son unique amour profond.
Mais, à côté d’elle, beaucoup d’autres femmes, toutes de mérite et d’esprit, ont eu leur part dans l’affection expansive du romancier. On eût dit qu’il leur jetait partout de grands morceaux de son cœur.
Car Balzac était un TENDRE.
Il y aurait une bien curieuse et bien intéressante étude à faire sur ce sujet : « Le rôle, l’importance et l’influence des femmes dans la vie des hommes de lettres. » Car tous les artistes ont une manière différente d’envisager la femme, de la comprendre, de l’aimer et de la pratiquer.
Le temps des grandes passions idéalistes est passé ; les Pétrarques sont rares aujourd’hui ; et beaucoup d’hommes de labeur s’éloignent systématiquement de ce qu’on appelait naguère « le beau sexe », ou du moins ne lui demandent que des plaisirs rapides et tout matériels, fermant leurs cœurs aux amours exaltées.
Parmi les grands écrivains morts depuis le commencement du siècle, on rencontre, suivant les tempéraments, les plus diverses manières de comprendre l’amour.
Gœthe semble avoir conçu et réalisé une sorte de harem libre, avoir voulu parcourir en même temps toute la gamme des tendresses, goûter à tous les plaisirs, se délecter à toutes les sources de l’affection féminine.
Il traitait l’amour en grand seigneur qui ne se veut priver de rien.
Il lui fallait, pour être heureux, dit-on, mener cinq intrigues de front – cinq, ni plus ni moins. – Il avait d’abord, pour son âme, rien que pour son âme, pour entretenir en lui une exaltation artistique et sentimentale dont il avait besoin, une sereine passion où rien de charnel n’entrait. Don Quichotte conscient, il idéalisait une Dulcinée quelconque et la posait religieusement sur l’autel des pures extases en l’entourant de petites fleurs bleues.
Pour son cœur, il lui fallait un amour ardent, tendre et charnel, poésie et sensualité mêlées, quelque chose de distingué, avec titre et position sociale, une passion mondaine enfin.
Puis il avait son ordinaire, une maîtresse comme toutes les maîtresses, une fille toujours prête, esclave caressante et payée : un lit garni, enfin, avec le foulard sous l’oreiller.
Mais quand un homme est complet, quand tout son mécanisme fonctionne, il a aussi des instincts bas, des vices. Gœthe estimait que cette partie de son être méritait autant d’égards que l’autre, que la partie dite supérieure ; et il ne méprisait point, paraît-il, la servante d’auberge, la laveuse de vaisselle, la fille aux bras rouges, au linge grisâtre, aux bas blancs.
Ce qui ne l’empêchait pas de courir encore la gueuse par les rues.
Musset, après des velléités d’amour, des essais d’affection complète, c’est-à-dire de cette affection où le cœur et les sens ont leur part, semble s’en être tenu définitivement aux caresses des drôlesses numérotées.
Byron, sur qui bien des légendes ont couru, après cette passion inquiète qu’il a eue pour la Guiccioli, traita la femme en marchandise, qu’il payait largement, paraît-il.
Chateaubriand ne fut-il pas torturé par cette inavouable et brûlante tendresse qu’il nous raconte dans René.
Lamartine aima un nuage qu’il baptisa du nom d’Elvire. Mais on dit tout bas qu’il ne s’en tenait point à cette affection céleste.
Balzac adorait les femmes, mais d’une façon poétique, éthérée et raffinée. Comme Gœthe, il paraît avoir eu diverses catégories d’amies ; mais, avec lui, elles demeuraient simplement des amies.