Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Monsieur Lecoq». Краткое содержание книги:

Le précurseur, français, de Sherlock Holmes…
1 ... 98 99 100 101 102 103 104 105 106 ... 222
Перейти на страницу:

D’après ce qu’il savait, Maurice crut deviner qu’il s’agissait de quelque réclamation de ces gens si étrangement rapaces.

– Je pensais, fit-il, que toutes relations entre M. Lacheneur et M. de Sairmeuse avaient été rompues hier soir chez M. l’abbé Midon…

Ceci fut dit du ton le plus provoquant, mais Martial ne sourcilla pas. Il venait de se jurer qu’il resterait calme quand même, et il était de force à se tenir parole.

– Si ces relations, ce qu’à Dieu ne plaise! prononça-t-il, sont jamais rompues, croyez, monsieur d’Escorval, qu’il n’y aura pas de notre faute…

– Ce n’est pas ce qu’on prétend.

– Qui, on…?

– Tout le pays.

– Ah!… Et que dit-il?…

– La vérité… Il est de ces offenses qu’un homme d’honneur ne saurait oublier ni pardonner.

Le jeune marquis de Sairmeuse branla la tête d’un air grave.

– Vous êtes prompt à vous prononcer, monsieur, dit-il froidement. Permettez-moi d’espérer que M. Lacheneur sera moins sévère que vous, et que son ressentiment, – juste, j’en conviens – tombera devant… – il hésitait – devant des explications loyales.

Une pareille phrase dans la bouche de ce jeune homme si fier, était-ce possible!…

Martial profita de l’effet produit pour s’avancer vers Marie-Anne et s’adresser uniquement à elle, paraissant désormais compter Maurice pour rien.

– Car il y a eu malentendu, mademoiselle, reprit-il, n’en doutez pas… Les Sairmeuse ne sont pas ingrats… À qui fera-t-on entendre que nous ayons pu offenser volontairement un… ami dévoué de notre famille, et cela au moment même où il nous rendait le plus signalé service! Un gentilhomme tel que mon père et un héros de probité tel que le vôtre sont faits pour s’estimer. J’avoue que, dans la scène d’hier, M. de Sairmeuse n’a pas eu le beau rôle, mais ma démarche d’aujourd’hui prouve ses regrets…

Certes, ce n’était plus là le ton cavalier qu’avait pris Martial quand, pour la première fois, il avait abordé Marie-Anne sur la place de l’église.

Il s’était découvert, il restait à demi-incliné, et il s’exprimait d’un ton de respect profond, comme s’il eût eu devant lui une fière duchesse, et non l’humble fille de ce «maraud» de Lacheneur.

Était-ce simplement une manœuvre de roué? Subissait-il, sans trop s’en rendre compte, l’ascendant de cette jeune fille si étrange?… C’était l’un et l’autre. Mais il lui eût été difficile de dire où cessait le voulu et où commençait l’involontaire.

Cependant il continuait:

– Mon père est un vieillard qui a cruellement souffert… L’exil, loin de la France, est lourd à porter!… Mais si les chagrins et les déceptions ont aigri son caractère, ils n’ont pas changé son cœur. Ses dehors impérieux, hautains, souvent âpres, cachent une bonté que j’ai vue souvent dégénérer en faiblesse. Et, pourquoi ne pas l’avouer? le duc de Sairmeuse, sous ses cheveux blancs, garde les illusions d’un enfant… Il se refuse à reconnaître que le monde a marché depuis vingt ans… On l’a abusé par des rodomontades ridicules… Enfin, nous étions encore à Montaignac que déjà les ennemis de M. Lacheneur avaient trouvé le secret d’indisposer mon père contre lui…

On eût juré qu’il disait la vérité, tant sa voix était persuasive, tant l’expression de son visage, son regard, son geste, étaient d’accord avec ses paroles.

Et Maurice, qui sentait, qui était sûr qu’il mentait et mentait impudemment, Maurice restait ébahi de cette science de comédien que donna le commerce de la «haute société,» et qu’il ignorait, lui…

Mais où Martial en voulait-il venir, et pourquoi cette comédie?…

– Dois-je vous dire, mademoiselle, tout ce que j’ai souffert hier, dans cette petite salle du presbytère?… Non, je ne me rappelle pas, en ma vie, de si cruel moment. Je comprenais, moi, l’héroïsme de M. Lacheneur. Apprenant notre arrivée, il accourait, et sans hésitation, sans faste, il se dépouillait volontairement d’une fortune… et on le rudoyait. Cet excès d’injustice me faisait horreur. Et si je n’ai pas protesté hautement, si je ne me suis pas révolté, c’est que la contradiction irrite mon père jusqu’à la folie… Mais à quoi bon protester?… Le sublime élan de votre piété filiale devait être plus puissant que toutes mes paroles. Vous n’étiez pas hors du village, que déjà M. de Sairmeuse, honteux de ses préventions, me disait: «J’ai eu tort, mais je suis un vieillard, je ne saurais me résoudre à faire le premier pas, allez, vous, marquis, trouver M. Lacheneur, et obtenez qu’il oublie…»

Marie-Anne, plus rouge qu’une pivoine, baissait les yeux, horriblement embarrassée.

– Je vous remercie, monsieur, balbutia-t-elle, au nom de mon père…

– Oh!… ne me remerciez pas, interrompit Martial avec feu, ce sera à moi, au contraire, de vous rendre grâces, si vous obtenez de M. Lacheneur qu’il accepte les justes réparations qui lui sont dues… et il les acceptera si vous consentez à plaider notre cause… Qui donc résisterait à votre voix si douce, à vos beaux yeux suppliants…

Si inexpérimenté que fût Maurice; il ne pouvait plus ne pas comprendre les projets de Martial. Cet homme, qu’il haïssait déjà mortellement, osait parler d’amour à Marie-Anne devant lui, Maurice… C’est-à-dire que, depuis une heure, il le bafouait et l’outrageait; il se jouait abominablement de sa simplicité.

La certitude de cette affreuse insulte, charria tout son sang à son cerveau.

Il saisit Martial par le bras, et avec une vigueur irrésistible il le fit pirouetter par deux fois sur lui-même, et le repoussa, le lança plutôt à dix pas, en s’écriant:

– Ah! c’est trop d’impudence à la fin, marquis de Sairmeuse!…

L’attitude de Maurice était si formidable, que Martial le vit sur lui. La violence du choc l’avait fait tomber un genou en terre; sans se relever, il arma son fusil, prêt à faire feu.

Ce n’était pas lâcheté de la part du marquis de Sairmeuse, mais se colleter lui représentait quelque chose de si ignoble et de si bas, qu’il eût tué Maurice comme un chien, plutôt que de se laisser toucher du bout du doigt.

Cette explosion de la colère si légitime de Maurice, Marie-Anne l’attendait, la souhaitait même depuis un moment.

Elle était bien plus inexpérimentée encore que son ami, mais elle était femme et n’avait pu se méprendre à l’accent du jeune marquis de Sairmeuse.

Il était évident qu’il «lui faisait la cour.» Et avec quelles intentions!… il n’était que trop aisé de le deviner.

Son trouble, pendant que le marquis parlait d’une voix de plus en plus tendre, venait de la stupeur et de l’indignation qu’elle ressentait d’une si prodigieuse audace.

Comment, après cela, n’eût-elle pas béni la violence qui mettait fin à une situation atroce pour elle, ridicule pour Maurice!

Une femme vulgaire se fût jetée entre ces deux jeunes gens prêts à s’entre-tuer. Marie-Anne ne bougea pas.

Le devoir de Maurice n’était-il pas de la défendre quand on l’insultait! Qui donc, sinon lui, la protégerait contre la flétrissante galanterie d’un libertin? Elle eût rougi, elle qui était l’énergie même, d’aimer un être faible et pusillanime.

Mais toute intervention était inutile.

1 ... 98 99 100 101 102 103 104 105 106 ... 222
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)