Mort à crédit
- Автор: Céline Louis-Ferdinand
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Éditions Gallimard
- ISBN: 978-2070376926
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Mort à crédit». Краткое содержание книги:
Texte des origines, marqué par le sceau de l'image maternelle,Mort à crédit est un parcours initiatique, tout en violence et en émotion, où les souvenirs s'accompagnent des misères et des révoltes de l'enfance. C'est aussi une formidable évocation de Paris au tournant du siècle, drôle et riche de cocasseries irrésistibles, dans un style propre à Céline, fait d'exclamation, cassant la syntaxe traditionnelle, transposant le parler populaire dru et vert dans le langage écrit.-Céline Darner
Je l’entends encore des Pereires, me raconter avec détails tous les malheurs qui s’ensuivirent… L’effroyable méprise des Autorités compétentes… leur partialité abjecte… Combien ce fut tout ça pénible, infect, écœurant… Combien de libelles il avait reçus. Menaces… Défis… Mille missives comminatoires… Des sommations juridiques… Comme il avait dû s’enfermer, se calfeutrer dans son garno !… Il demeurait alors rue Monge… Et puis traqué de plus en plus, s’enfuir jusqu’à Montretout, tellement qu’ils étaient les voyeurs, rageurs, vicieux, insatiables, déçus par la Télescopie… le drame avait duré six mois… et c’était pas encore fini !… Certains amateurs rancuneux, encore plus poisseux que les autres ils profitaient du dimanche… Ils arrivaient à Montretout escortés de toutes leurs familles pour botter les fesses du patron… Il n’avait pu recevoir personne pendant presque un an… L’affaire « photosidérale » c’était qu’un petit exemple parmi beaucoup d’autres ! de ce qui pouvait jaillir du profond des masses dès qu’on tentait de les éduquer, de les élever, de les affranchir…
« Moi, je peux dire, tenez Ferdinand, que moi j’ai souffert pour la Science… Pire que Flammarion c’est certain ! pire que Raspail ! pire que Mongolfier encore ! Moi en petit évidemment ! J’ai tout fait ! J’ai fait davantage ! » Il me répétait ça bien souvent… Je répondais rien… Il me toisait de profil… douteux… Il voulait voir l’impression… alors il piquait en plein tas dans la carambouille… après son dossier… Il l’extirpait au jugé de sous l’énorme tumulus… Il l’époussetait à petits coups… Il se ravisait… Il l’ouvrait prudemment devant moi…
« J’y réfléchis !… Je me repens… À mon tour, je suis peut-être un petit peu chargé d’amertume ! entraîné par mes souvenirs !… Je suis peut-être un peu injuste… Grand Dieu ! J’ai bien quelques raisons !… Je te demande ? J’ai oublié chemin faisant, et cela vraiment c’est très mal… pas exprès bien sûr ! pas exprès ! les plus touchants, peut-être en somme les plus sincères, les plus exquis témoignages… Ah ! Tous ne m’ont point méconnu !… La hideur du genre humain n’est pas absolument totale ! Non ! Quelques âmes élevées, de-ci, de-là, par le monde… ont su reconnaître ma complète bonne foi ! Voici ! Voilà ! Encore une autre ! » Il extrayait au hasard des lettres, des mémoires, de ses recueils d’observations… « Je vais t’en lire une, parmi d’autres ! »
Cher Courtial, cher maître et vénéré précurseur ! C’est bien grâce à vous, à votre admirable et si scrupuleux télescope (des familles) que j’ai pu voir hier à deux heures et sur mon propre balcon toute la lune, dans sa totalité complète et les montagnes et les rivières, et même je pense une forêt… Peut-être même un lac ! J’espère bien avoir aussi Saturne, avec mes enfants, dans le cours de la semaine prochaine, comme c’est indiqué (aux lettres italiques) sur votre « calendrier sidéral » et aussi Bellegophore un peu plus tard, dans les derniers jours de l’automne, comme vous l’avez vous-même écrit à la page 242… À vous cher, gracieux et bienveillant maître, à vous de corps, de cœur, d’esprit ici-bas et dans les étoiles.