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Le vicomte de Bragelonne Tome I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le vicomte de Bragelonne Tome I

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome I». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Vous connaissez donc le testament du cardinal?

– J'en ai un double signé de sa main.

– Un double?

– Oui, Sire, et le voici.

Colbert tira simplement l'acte de sa poche et le montra au roi.

Le roi lut l'article relatif à la donation de cette maison.

– Mais, dit-il, il n'est question ici que de la maison et nulle part l'argent n'est mentionné.

– Pardon, Sire, il l'est dans ma conscience.

– Et M. de Mazarin s'en est rapporté à vous?

– Pourquoi pas, Sire?

– Lui, l'homme défiant par excellence?

– Il ne l'était pas pour moi, Sire, comme Votre Majesté peut le voir.

Louis arrêta avec admiration son regard sur cette tête vulgaire, mais expressive.

– Vous êtes un honnête homme, monsieur Colbert, dit le roi.

– Ce n'est pas une vertu, Sire, c'est un devoir, répondit froidement Colbert.

– Mais, ajouta Louis XIV, cet argent n'est-il pas à la famille?

– Si cet argent était à la famille, il serait porté au testament du cardinal comme le reste de sa fortune. Si cet argent était à la famille, moi qui ai rédigé l'acte de donation fait en faveur de Votre Majesté, j’eusse ajouté la somme de treize millions à celle de quarante millions qu'on vous offrait déjà.

– Comment! s'écria Louis XIV, c'est vous qui avez rédigé la donation, monsieur Colbert?

– Oui, Sire.

– Et le cardinal vous aimait? ajouta naïvement le roi.

– J'avais répondu à Son Éminence que Votre Majesté n'accepterait point, dit Colbert de ce même ton tranquille que nous avons dit et qui, même dans les habitudes de la vie, avait quelque chose de solennel. Louis passa une main sur son front:

«Oh! que je suis jeune, murmura-t-il tout bas, pour commander aux hommes!»

Colbert attendait la fin de ce monologue intérieur. Il vit Louis relever la tête.

– À quelle heure enverrai-je l'argent à Votre Majesté? demanda-t-il.

– Cette nuit, à onze heures. Je désire que personne ne sache que je possède cet argent.

Colbert ne répondit pas plus que si la chose n'avait point été dite pour lui.

– Cette somme est-elle en lingots ou en or monnayé?

– En or monnayé, Sire.

– Bien.

– Où l'enverrai-je?

– Au Louvre. Merci, monsieur Colbert.

Colbert s'inclina et sortit.

– Treize millions! s'écria Louis XIV lorsqu'il fut seul; mais c'est un rêve!

Puis il laissa tomber son front dans ses mains, comme s'il dormait effectivement.

Mais, au bout d'un instant, il releva le front, secoua sa belle chevelure, se leva, et, ouvrant violemment la fenêtre, il baigna son front brûlant dans l'air vif du matin qui lui apportait l'âcre senteur des arbres et le doux parfum des fleurs.

Une resplendissante aurore se levait à l'horizon et les premiers rayons du soleil inondèrent de flamme le front du jeune roi.

– Cette aurore est celle de mon règne, murmura Louis XIV, et est-ce un présage que vous m'envoyez, Dieu tout-puissant?…

Chapitre L – Le premier jour de la royauté de Louis XIV

Le matin, la mort du cardinal se répandit dans le château, et du château dans la ville.

Les ministres Fouquet, Lyonne et Letellier entrèrent dans la salle des séances pour tenir conseil.

Le roi les fit mander aussitôt.

– Messieurs, dit-il, M. le cardinal a vécu. Je l'ai laissé gouverner mes affaires; mais à présent, j'entends les gouverner moi-même. Vous me donnerez vos avis quand je vous les demanderai. Allez!

Les ministres se regardèrent avec surprise. S'ils dissimulèrent un sourire, ce fut un grand effort, car ils savaient que le prince, élevé dans une ignorance absolue des affaires, se chargeait là, par amour-propre, d'un fardeau trop lourd pour ses forces.

Fouquet prit congé de ses collègues sur l'escalier en leur disant:

– Messieurs, voilà bien de la besogne de moins pour nous.

Et il monta tout joyeux dans son carrosse. Les autres, un peu inquiets de la tournure que prendraient les événements, s'en retournèrent ensemble à Paris.

Le roi, vers les dix heures, passa chez sa mère, avec laquelle il eut un entretien fort particulier; puis, après le dîner, il monta en voiture fermée et se rendit tout droit au Louvre. Là, il reçut beaucoup de monde, et prit un certain plaisir à remarquer l'hésitation de tous et la curiosité de chacun.

Vers le soir, il commanda que les portes du Louvre fussent fermées, à l'exception d'une seule, de celle qui donnait sur le quai. Il mit en sentinelle à cet endroit deux Cent-Suisses qui ne parlaient pas un mot de français, avec consigne de laisser entrer tout ce qui serait ballot, mais rien autre chose, et de ne laisser rien sortir.

À onze heures précises, il entendit le roulement d'un pesant chariot sous la voûte, puis d'un autre, puis d'un troisième. Après quoi, la grille roula sourdement sur ses gonds pour se refermer. Bientôt quelqu'un gratta de l'ongle à la porte du cabinet. Le roi alla ouvrir lui-même, et il vit Colbert, dont le premier mot fut celui-ci:

– L'argent est dans la cave de Votre Majesté.

Louis descendit alors et alla visiter lui-même les barriques d'espèces, or et argent, que, par les soins de Colbert, quatre hommes à lui venaient de rouler dans un caveau dont le roi avait fait passer la clef à Colbert le matin même. Cette revue achevée, Louis rentra chez lui, suivi de Colbert, qui n'avait pas réchauffé son immobile froideur du moindre rayon de satisfaction personnelle.

– Monsieur, lui dit le roi, que voulez-vous que je vous donne en récompense de ce dévouement et de cette probité?

– Rien absolument, Sire.

– Comment, rien? pas même l'occasion de me servir?

– Votre Majesté ne me fournirait pas cette occasion que je ne la servirais pas moins. Il m'est impossible de n'être pas le meilleur serviteur du roi.

– Vous serez intendant des finances, monsieur Colbert.

– Mais il y a un surintendant, Sire?

– Justement.

– Sire, le surintendant est l'homme le plus puissant du royaume.

– Ah! s'écria Louis en rougissant, vous croyez?

– Il me broiera en huit jours, Sire; car enfin, Votre Majesté me donne un contrôle pour lequel la force est indispensable. Intendant sous un surintendant, c'est l'infériorité.

– Vous voulez des appuis… vous ne faites pas fond sur moi?

– J'ai eu l'honneur de dire à Votre Majesté que M. Fouquet, du vivant de M. Mazarin, était le second personnage du royaume; mais voilà M. Mazarin mort, et M. Fouquet est devenu le premier.

– Monsieur, je consens à ce que vous me disiez toutes choses aujourd'hui encore; mais demain, songez-y, je ne le souffrirai plus.

– Alors je serai inutile à Votre Majesté?

– Vous l'êtes déjà, puisque vous craignez de vous compromettre en me servant.

– Je crains seulement d'être mis hors d'état de vous servir.

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