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Les otages de Tokyo

Электронная книга - «Les otages de Tokyo». Краткое содержание книги:

Un groupe extrémiste prend des diplomates en otage. Malko fait l’échange contre un prisonnier que réclame le groupe. S’ensuit une course-poursuite dans Tokyo entre cette féroce leader, la CIA, la police et la maffia.
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— Nous avons mis des barrages en place, annonça Tom Otaku à Malko.

Effectivement, tous les policiers de Tokyo étaient sur les dents. À travers le brouillard, on devinait les cinq étages de briques rouges de l’immeuble de la direction générale de la police. Les terroristes ne manquaient pas d’audace. Mais Tokyo était une ville immense. La police ignorait même comment ils avaient fui Hibaya Park. Il y avait une entrée de métro, à trois cents mètres de l’endroit où l’hélicoptère s’était posé sur Hibaya Dori. Malko préféra ne pas extérioriser ses doutes. Hiroko était recherchée depuis plus de deux ans. En vain. Cela signifiait qu’elle s’était parfaitement organisée dans la clandestinité…

Il décida qu’il était temps de décrocher. Il serra la main grassouillette du chef du Kohan. Le Japonais plongea dans une superbe courbette, prolongée tant que Malko ne se fut pas engouffré dans la longue Cadillac. Il n’y avait pas plus de trois cents mètres jusqu’à l’Imperial, mais il avait l’impression d’avoir du plomb collé à ses semelles. Son cerveau se grippait. Demain serait un autre jour. Il savait que sa mission à Tokyo ne faisait que commencer, mais n’en avait cure.

Il lutta pour ne pas s’endormir pendant le court trajet.

Le hall immense de l’Imperial était vide. Les Japonais étaient des « couche tôt ». Malko découvrit que, par miracle, ses bagages avaient suivi. Il regrettait l’ancien Imperial, celui qu’on avait démoli, qui avait plus de charme que cet énorme caravansérail. Une hôtesse, en mini et gants blancs, lui ouvrit la porte de l’ascenseur. Malko grimpa d’un trait au quatorzième. À part le kimono bleu étalé sur le lit, on aurait pu se croire n’importe où dans le monde… Il appela la standardiste de l’hôtel :

— Qu’on ne me réveille sous aucun prétexte. Même s’il y a un tremblement de terre !

En s’endormant, il repensa aux yeux pleins de terreur de Furuki. Où se trouvait-il maintenant ?

* * *

Malko se réveilla en sursaut. Son lit bougeait, tremblait, se soulevait. D’abord, il crut à un cauchemar. Il se redressa et se regarda dans la glace en face du lit. Alors qu’il était rigoureusement immobile, son reflet bougea. Ainsi d’ailleurs que le mur… La penderie et la cloison émirent un craquement sinistre. Le lit de Malko fut secoué comme par une main invisible. Cela devenait inquiétant. Il se rua sur le téléphone, appela le standard :

— Il se passe des choses étranges, annonça-t-il, mon…

— C’est un tremblement de terre, Sir, fit la voix placide de la standardiste. Force 4.

Aussi calme que si elle lui avait donné l’heure. Le lit trembla encore un peu, et les vibrations cessèrent. Malko, complètement réveillé, se souvint de l’ordre qu’il avait donné en s’endormant. La standardiste, totalement dépourvue d’humour comme la plupart des Japonais, l’avait pris au mot.

— À quelle force l’hôtel était-il réduit en poussière ? demanda-t-il poliment.

— À la force 7, répondit la standardiste sans le moindre trouble.

À sa décharge, Malko ignorait qu’à Tokyo il y avait à peu près un tremblement de terre par mois. Détruite à 90% en 1945, la ville avait été reconstruite à l’épreuve des tremblements de terre. Les fondations des immeubles s’enfonçaient à cinq étages sous terre, ce qui transformait Tokyo en une gigantesque termitière. Et arrangeait tout le monde, étant donné le prix du mètre carré.

On frappa des coups redoublés à la porte. Malko alla ouvrir et vit la tête hagarde de Chris Jones.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda l’Américain. Tout bouge.

— C’est un tremblement de terre, dit paisiblement Malko. Force 4.

Il crut que le « gorille » allait se désintégrer sur place. Il fit demi-tour en marmonnant des paroles indistinctes sur ces bougnoules, qui n’étaient même pas foutus de faire tenir leur pays en place…

Malko se recoucha et se rendormit immédiatement. Le tremblement de terre avait dû aussi réveiller Hiroko et sa bande. Il caressa une seconde l’idée qu’on lui apprendrait leur arrestation à son réveil. Sans trop y croire.

* * *

Le bureau d’Al Borzoï était net comme une chambre d’hôpital. Pas un papier, pas un tableau. Rien de personnel. L’Américain avait la hantise des « fuites ».

Cinq ans dans le building de Langley, où on brûlait jusqu’aux rubans de machine à écrire usagés, l’avaient marqué irrémédiablement. D’ailleurs la C.I.A. avait le culte du secret. Tous les agents étaient toujours répertoriés par des noms de code, même dans les documents Top-Secret. Celui de Malko était Warlord. À cause de ses origines.

Mais Albert Borzoï laissait à ses case officers la manipulation des agents ou informateurs. Son dada, c’était la synthèse. Analyste de formation, il avait toujours manifesté une méfiance profonde envers les gens de la Division des Plans, devenue, en 73, celle des Opérations.

Dont Malko faisait partie…

Mais, dans le cas présent, la reconnaissance prenait le pas sur la méfiance… Il avait même demandé une cafetière et deux tasses.

Le café japonais était pire que l’américain… Malko avait vidé la cafetière et devait encore faire un effort pour suivre la conversation… La vie avait repris dans la petite ambassade. On avait même changé le tapis taché de sang de l’escalier. Mais le chef de station de la C.I.A. à Tokyo, après ces trois jours de kidnapping, pouvait à peine ouvrir les yeux, tant il était épuisé. Il avait néanmoins tenu à reprendre ses fonctions aussitôt.

— Les Japonais vont avoir du mal à les retrouver, dit-il. Mais je pense qu’ils y arriveront. Ils ont mis un ordinateur sur le problème. Pour faire la synthèse de tous les éléments en leur possession.

Dès qu’il parlait d’ordinateur. Al Borzoï prenait l’air gourmand d’un obsédé sexuel devant Raquel Welsh… Avec ses traits placides, il avait l’air d’un bon gros bouledogue, parlant les yeux au plafond, ou ailleurs, avec de brusques coups d’oeil à son interlocuteur. Des lueurs vite éteintes dans le regard. Donnant l’impression fausse de s’ennuyer perpétuellement… Mais Malko savait qu’il s’agissait d’un excellent professionnel. Et qu’après son stage japonais il aurait un poste élevé à la Company.

— Même si les Japonais ne les retrouvent pas, remarqua Malko, moi, je dois le faire.

Al Borzoï se frotta la joue d’un air endormi et embarrassé. Faisant cliqueter sa gourmette.

— Oui, bien sûr, fit-il.

Sans enthousiasme.

Il était parfaitement au courant de la mission de Malko à Tokyo. Sans l’approuver.

— J’ai abordé le sujet ce matin, au téléphone, avec Tom Otaku, lâcha-t-il. Les Japonais sont très concernés par votre présence à Tokyo. Vous savez comme ils sont susceptibles sur la légalité. Bien entendu, ils collaborent totalement avec vous, mais n’aiment pas voir des étrangers se promener ici, armés, pour des missions, disons, parallèles…

— Je peux reprendre l’avion si vous voulez, proposa Malko.

Borzoï le fixa, la tête légèrement de côté, puis tapota sa cigarette pour en faire tomber la cendre.

— Non, non, bien sûr, fit-il. Il faut retrouver ce Furuki. Mais en agissant avec tact. J’ai dû promettre à Otaku que les six agents venus accompagner Furuki repartiraient dès demain.

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