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J’EN AI MARRE
— Ecoute-moive, tout p’tit : t’as aucune raison d’ deviendre neurastérix. T’es encore jeune pour ton âge, t’as pas l’ sida, ni l’ crabe, ta gueule est pas tellement à chier et sans êt’ rupin, t’es pas fauchemane. T’es pas embourbé du calbute qu’ j’ susse et j’ me rappelle t’avoir vu tirer la Fernande Dutilleul comme un pape ! Sûr, t’as pas mon intelligence, mais nanmoins tu fais av’c c’ qu’ t’as. N’évidemment, t’es fringué comm’ l’ beau-frère à l’as de pique ; slave dit, personne t’empêche d’acheter des sapes de milord à « Tout pour Messieurs », boulevard Bonne-Nouvelle. Si tu voudrerais, tu poufferais partir au Clube Merde et y l’ver un’ p’tite sœur à la chaglatte humide kif un œil d’ biche. T’as tout pour toive : t’ sais même nager !
« Bon, ta bite. Je veuille qu’é soye en arc d’ cercle, mais quand tu fourres en l’vrette ça s’ connaît pas. N’au contraire, les gonzesses, ça leur ramone mieux la moniche. E z’ aiment ! T’es français, tu votes et tu croives en Dieu. T’es pas communisse, t’as pas d’ex-zéma non plus qu’ d’ rhumatisses articulés, comme ton dabe. Dans dix-huit piges t’ s’ras à la r’traite et tu pourreras faire la masse gratinée t’t les jours fériés.
« Tu peux baiser ta concierge si l’ guignol t’en direrait. Je veuille bien qu’é soye portugaise, qu’é fasse une décalficication d’ l’ hanche et qu’é l’aye soixante-dix balais et mèche, mais é l’a l’œil fripon, croive z’en mon espérience. C’te vioque, é n’ d’mande qu’à t’ turluter l’ p’tit colonel et t’acalifourcher su’ un’ chaise, quoiqu’av’c ta bite cintrée, ça n’ doive pas s’ prêter à la manoeuv’.
« La vie s’ouv’ d’vant toi, mec. T’as enville d’asperges ? Tu bouffes des asperges. Tu veux siffler un’ boutanche d’ Condrieu ? Tu l’écluses en tête à tête av’c elle. Même si l’idée t’ biche d’ te taper une pogne d’vant la photo d’ Lady Di, rien t’en empêche : l’ivreresse est à toi, mon salaud ! Sais-tu parce que quoi ? Parce que t’es libre ! Allons, bon ! Qu’est-ce y l’a à chougner, c’ bazu ? Tu t’ plains qu’ la mariée est trop belle ? »
Un silence tomba brusquement sur la diatribe. L’interlocuteur d’Alexandre-Benoît Bérurier murmura avec des infiltrations dans la voix :
— Je me plains qu’elle soit morte, Sandre.
Le Mastard eut un bref instant d’indécision ; il cherchait comment prendre l’argument à revers.
Il dit :
— Ça, j’ t’ concède, pour êt’ morte, é l’ est morte ; s’l’ment t’oublille une chose prépondérable, Augustin : personne n’y peut plus rien.
L’argutie fut inopérante sur le veuf. Ses larmes continuaient de couler.
Vaincu par la douleur de son ami, le Mammouth soupira.
— Mouais, c’est trop frais pour qu’on cause valab’ment. C’est vrai qu’on est z’encore dans l’ cim’tière ; d’main, tu verreras l’existence autrement. Faut pas brutaliser l’ chagrin.
Il empoigna le bras de son compagnon, voulant l’entraîner vers la vie.
Mais Augustin renâcla, refusant de s’éloigner de la tombe qui hébergeait dix-sept années d’un bonheur que le premier écrivailleur de mes fesses venu réputerait « sans mélange ».
— Je peux pas, je peux pas, larmichait-il.
Un agacement peu compatible avec la situation s’empara de Sa Majesté Béru.
— Voyons, Gustin, grogna-t-il avec le ton hargneux que prend un propriétaire face à son locataire insolvable, t’ vas pas nous péter un’ horloge biscotte ta mégère nous a bricolé un’ embolie mal placée ! C’est tout d’ même pas la p’tite sœur Machin de l’Immatriculée contraception qu’est en train de préparer la bouffe aux astèques ! J’ veuille bien qu’ ta Marthe fûte un’ mousmé plutôt gentille, n’empêche qu’ é s’ gênait pas pour t’ faire du contrecarre av’c Pierre, Paul, Jacques ou Alexandre-Benoît quand l’occase se trouvait.
Le veuf frais pondu s’arrêta et saisit le bras jambonnier de son compagnon.
— Tu dis ça par charité chrétienne ! soupira-t-il.
Lors, le Mammouth s’enflamma :
— Soye pas con hors des normes, Augustin ! Ta gerce s’ faisait tirer comme à la fête foraine ; on y passait d’ssus kif si é s’rait été un pont à forte circulation. Moi-même, je m’ l’embroquais à l’occasion. Tu veuilles la preuve ? L’avait un’ trace d’opération sous l’nombrille du ventr’ et un’ tache brune av’c du poil aux intérieurs d’ la cuisse, près d’ la chaglatte. J’mentis-je ?