Le bijoutier lève les bras. Il a compris. Ses deux idiotes d’employées cessent de glousser et l’imitent.
Max craint que ces trois personnes aux bras levés attirent l’attention de l’extérieur.
— Pas la peine, leur dit-il, on travaille en confiance.
Il entraîne tout son petit monde vers l’arrière-boutique, là où se trouve le coffre.
— Ouvre ta tirelire ! ordonne-t-il au bijoutier.
L’interpellé roule des yeux éperdus.
Un réticent ! Lino lui appuie le canon du Beretta dans le ventre, juste au creux de l’estomac, là où se fait la digestion.
— Démerde-toi, murmure-t-il.
Son visage bronzé est uni comme celui d’une statue. Dedans, ses yeux brillent, pointus, avec des veines rouges dans le blanc.
Le vieux bijoutier comprend. Il sort une clé de sa poche. Une petite clé numérotée, pas compliquée du tout en apparence, et l’enfonce dans la serrure du coffre. Puis il bricole le système. La porte s’ouvre… Des écrins sont empilés… Max regarde, d’un œil expérimenté. Il avise un compartiment à l’intérieur, fermé par une petite porte d’acier.
— Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ! récite Lino.
Max ne sait pas où il va chercher tout ça… Il faut dire qu’il a pas mal lu en prison.
Comme le malheureux bijoutier ne bronche pas, Lino lui remet le canon du pistolet dans l’estomac. C’est une espèce de clé magique… Une clé à remonter les automates récalcitrants.
— Fais pas cette gueule, dit Lino, t’es assuré, non ?
Alors le bijoutier ouvre la seconde porte. Le compartiment contient une jolie liasse de billets de dix, et trois écrins aux formes bizarres. Max empoche les billets et ouvre les écrins. Malgré la pénombre de l’arrière-boutique, ça scintille dur là-dedans. Il émet un petit sifflement connaisseur.
Dehors on crie, on rit, on joue de la musique, on remue la poussière… On applaudit…
— Ça fait plaisir de tomber sur une maison sérieuse, apprécie Lino.
Les deux gangsters commencent à reculer. Le bijoutier a un élan vers son bien qui s’éloigne. Lino le calme d’un petit mouvement sec.
Simplement il avance son Beretta en direction du commerçant.
— Qu’est-ce qu’il y a ? grommelle-t-il. Les emballages sont consignés ?
L’une des employées bêle un rire nerveux que le marchand de joyaux ne lui pardonnera jamais.
Charly rouvre la porte. Lino reste le dernier pour tenir les victimes en respect jusqu’au dernier moment.
Max s’approche de l’auto aux vitres baissées. Il jette sa brassée d’écrins sur la banquette arrière et empoigne la poignée de l’auto. Seulement la serrure est bloquée de l’intérieur et la manette chromée ne frémit même pas sous la main.
Il regarde Maurice, au volant. Le garçon a un curieux visage tout crispé, avec des yeux de drogué sans came…
Il vient d’embrayer. Il fait un démarrage à mort, en seconde, qui manque déséquilibrer Max.
— La tante ! hurle Max…
Lino arrive après avoir remisé son feu. Il comprend tout et ses yeux deviennent pareils à ceux d’un loup blessé.
Charly demande des explications… À cet instant, le bijoutier apparaît.
Il s’étrangle à crier « Au voleur »…
Les trois hommes s’élancent à travers la foule… Ils tournent le coin de la rue… Ils continuent de courir, vite, mais sans s’affoler. Ils prennent à gauche, à droite… À gauche, à droite… Jusqu’à ce que le souffle leur manque.
Alors ils s’adossent au mur d’une belle propriété entourée de palmiers poudreux.
Ils se regardent. Max est hideux à force de colère.
— Alors, demande-t-il…